Comment faire du théâtre avec un grand groupe ? Didactique du théâtre inspirée par Bernard GROSJEAN

Beaucoup de professeurs rêvent de faire du théâtre en classe… La question du « oui, mais comment ? » est toujours sensible. Locaux étroits, peu d’heures à disposition, pas toujours les moyens de faire un « gros projet ». Dans un contexte scolaire, l'objectif est souvent de faire travailler tous les élèves. Dans cet article, quelques pistes et grands principes en la matière.

L’intérêt majeur de cette approche proposée par Bernard GROSJEAN est, pour moi, qu’elle est plus égalitaire. Elle permet à tous (même aux timides) d’aller en scène pour un temps bref. Il ne s'agit donc pas d'une logique de « gros rôles » accompagnés de rôles plus secondaires. Chaque groupe aura à faire ses choix de mise en scène, sera responsable de quelques répliques, apprendra par là les options et les stratégies de la mise en scène. Cela contraste avec la « vieille école » qui voulait qu’un metteur en scène, omnipotent, s’installe et fasse venir un à un les « exécutants » (notons que c'est parfois encore le cas, et peut bien sûr se justifier lorsqu'il y a une certaine pression sur la production). La démarche est ici davantage centrée sur l’apprentissage… (au détriment de la « belle » production ?)

J’ai eu l’occasion de suivre deux années de suite à la Marlagneune formation en didactique du théâtre particulièrement intéressante. En général, les formations théâtrales abondent (et j’en suis friande), mais rares sont les formations pointues en didactique du théâtre.


Ainsi, j'énonce ci-dessous quelques principes (en espérant vous convaincre d’aller suivre une formation avec Bernard GROSJEAN ou d’aller lire un de ses bouquins, bien plus complets que cet article).

 

  1/ Travailler des extraits COURTS

Au risque de paraitre iconoclaste, le formateur a monté des pièces du type « tout Molière en 30 minutes ». Comment ? Par un système d’écrémage de texte, de choix de répliques ou de scènes. Le temps perdu pour la mémorisation est très réduit, du coup, on travaille plus directement le théâtre et la mise en scène ! Un système que j’ai particulièrement aimé est la scène filée avec rotation d’acteurs

Exemple : Roméo et Juliette sont caractérisés par deux objets, par exemple, une casquette pour Roméo et une rose rouge pour Juliette. Le premier binôme se prépare à dire 5-6 répliques (soit 3 répliques par personne, pas impossible au niveau mémoire !). Le second binôme d’élèves prend alors le relais, avec les répliques suivantes (l’accessoire est utile, surtout si les rôles se multiplient), et ainsi de suite jusqu’à ce que la scène soit jouée. Le fait de voir les choix faits par les autres groupes permet la réflexion sur nos propres choix scéniques. C’est en soi un premier feedback.

 

2/ Rotation rapide des temps de jeux et des groupes

On passe en scène par groupes, le plus souvent constitués par des tirages au sort pour éviter tous les effets de copinage ou de recherche de performance. Les « échauffements » à proprement parler sont proscrits car en réalité, les échauffements sont déjà une recherche en lien avec la pièce travaillée. 

Ex. On se « chauffe la voix » avec une réplique de notre texte. Les 20 répliques choisies permettent au groupe d’appréhender le texte, de deviner son contenu, de jouer avec son langage. 

J’ai particulièrement apprécié la « ronde des répliques ». Voici un résumé sommaire de l’exercice : un cercle de chaises contient le groupe A. Le groupe B, debout derrière les A, tourne autour et vient chuchoter une réplique, la dire de façon tantôt menaçante, tantôt amoureuse. Chaque acteur choisit une manière de dire différente en passant de chaise en chaise. L’effet sur le groupe A est le suivant: on se sent immergé dans l’univers d’une oeuvre, on découvre par bribes un contenu… Et tous les élèves sont actifs en même temps !


3/ Lieux flexibles

Notre stage s’est déroulé dans une salle type « de classe ». Évidemment, il est toujours de bon ton de dégager l’espace de façon à garantir un espace scène (avec un peu de scotch au sol), un espace coulisse (la tringle avec rideau est un investissement durable!) et un espace public (chaises alignées le plus souvent). Une malle d’accessoires est préparée par le formateur, en lien avec la pièce ou les scènes choisies. Et, cerise sur le gâteau, un support sonore pour les exercices de démarrage.


4/ Retours et feedbacks

En guise de clôture, on peut opter pour différentes formules. Encore une fois, quand on est dans une logique de production, seul le metteur en scène donne son verdict. Ici, le metteur en scène se fait discret et cède la place à chacun. À ceux qui ont joué en premier lieu. Puis au groupe : « J’ai aimé, je critique, je propose. » Une ambiance très constructive.



Bernard GROSJEAN est comédien, metteur en scène, auteur et chef de troupe. Il est directeur de la Cie Entrées de jeu à Paris, professionnel associé à l’Institut d’Etudes Théâtrales de Paris III, formateur théâtre-éducation au Pôle National de Ressources d’Angers. Il a écrit de nombreux articles et ouvrages. Assistant d’Augusto BOAL au sein du Théâtre de l’Opprimé de 1979 à 1986, il développe depuis plus de trente ans une conception originale du théâtre forum et du théâtre d’intervention avec ses comédiens. Il anime également de nombreux ateliers en milieu scolaire et donne des formations à l’encadrement d’ateliers en France, en Suisse, en Belgique…


BIBLIOGRAPHIE : 

B. GROSJEAN, Dramaturgies de l'atelier-théâtre: de la mise en jeu à la représentation, Manage, Lansman, 2016

C. DULIBINE, B. GROSJEAN, Coups de théâtre en classe entière, Créteil, SCÉRÉN-CRDP de Créteil, 2004



Céline DISPAS



1 Dans le cadre des « Rencontres pédagogiques d’été » organisées par CGé (Changement pour l’égalité).

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