Coups de cœur pour cet été

Cet été encore, bronzons intelligemment, avec de bons bouquins recommandés par l'équipe de DUPALA !

Quelques recommandations pour cette période estivale.

Une passerelle vers des livres qui ont été appréciés, aimés, adorés parfois, dévorés souvent... Laissez-vous séduire et profitez de ce temps béni des vacances pour plonger dans les livres.


1. Coups de cœur de Jean Kattus

Valentine Goby, L'île haute. Actes Sud, 2022.

 


Vous aimez la montagne ? Vous allez adorer y passer une année entière, sur les pas du narrateur, Vadim, petit Parisien de 12 ans, qui y est conduit par le train vers un air plus pur. À son arrivée, au cœur de l'hiver, il ouvre les yeux sur un décor qui le sidère littéralement, des montagnes dont la démesure le bouleverse. Peu à peu, il va apprendre, apprivoiser les paysages, les bêtes et les gens qui l'accueillent pour le protéger : nous sommes en 1942...

Merveilleuse écriture qui nous emmène à la découverte de la vie des paysans en montagne et de la richesse langagière qui l'accompagne.


Sylvain Prudhomme, Par les routes. Gallimard, 2019.

 


Le narrateur retrouve celui qu'il n'appelle que  « l'autostoppeur » tout à fait par hasard, à l'occasion d'un déménagement. Cet ami, qu'il a perdu de vue depuis vingt ans, vit en couple et a un fils. Ce qui ne l'empêche pas de partir, très régulièrement, pour continuer à voyager en stop. 

Amour, désir, amitié, choix d'une vie, ou d'une autre, possible elle aussi ? Tels sont les thèmes de ce roman qui entraine le lecteur à la suite de ses personnages auxquels il s'identifie, en se posant les mêmes questions qu'eux : « Et moi, je ferais quoi ? » Une lecture exaltante qui questionne les choix de vie, non pas intellectuellement, mais en ressentant les vécus qu'ils impliquent. 



2. Coups de cœur de Pierre-Yves Duchâteau

Laura Poggioli, Trois sœurs. Paris, L’Iconoclaste, 2022.



À la suite d’une salve de romans nécessaires sur les violences basées sur le genre, voici Trois sœurs, qui s’inscrit dans cette lignée. Dans ce texte qui est son premier roman, Laura Poggioli raconte la genèse du meurtre de leur père par trois sœurs, fait divers qui a ému la Russie en juillet 2018. Elle tresse le récit de ce tragique évènement avec celui d’une expérience de violence conjugale qu’elle-même a connue en Russie. Un texte utile, qui témoigne avec un certain sens de la nuance de l’un des (nombreux) maux de notre époque.



Adeline Dieudonné, Reste. Paris, L’Iconoclaste, 2023.



Ce livre ne devrait pas valoir de prix à son auteure, tant les libraires sont partagés à son sujet. L’un d’eux l’a trouvé « gore », inconvenant, écœurant même (je ne sais plus s’il a dit tout ça, mais l’expression de son visage était éloquente)… En effet, comment ne pas ressentir de l’effroi et sentir en imagination certains effluves à l’idée qu’une femme puisse se balader pendant une semaine avec le cadavre de son amant ? Mais voilà : le récit est original (on échappe enfin à la tyrannie de l’histoire vécue ou du « basé sur un fait divers »), donne à réfléchir, en cours de lecture, sur la motivation de la protagoniste et se dénoue dans un final émouvant. Moi, je donnerais volontiers à l’auteure un prix pour sa créativité.


Franck Conroy, Corps et âme. Folio (Gallimard), 2004.


Pour les longues journées d'été, voici une brique de 683 pages qui ne date pas d'hier. Mais le bouquin coche absolument toutes les cases du roman de formation à la sauce américaine : enfance misérable, révélation d'un don (pour le piano), travail acharné, mentor qui garde en lui un lourd secret, père absent, mère fantasque, rencontres et retrouvailles amoureuses, obstacles, premiers succès artistiques, etc., bref, le cahier des charges est respecté... Ce qui permet une lecture fluide, parfois distraite (on ne perd jamais le fil), et s'accommode bien de la mise en repos estivale de notre pensée métaphysique complexe.  De plus, l'écriture est efficace : on a beau deviner le cours des évènements, on est chaque fois surpris par la manière dont ils sont amenés. Et ne vous étonnez pas de verser quelques larmes de temps à autre. (Encore une case cochée, diraient les mauvaises langues.) J'ajoute que l'écriture est également documentée : les musiciens apprécieront sans doute les pages où il est question de technique pianistique.



3. Coup de cœur de Philippe Cheyrels

Julien Sandrel, La chambre des merveilles. Calmann-Lévy, 2018.


Louis a 12 ans. Ce matin, alors qu’il veut confier à sa mère, Thelma, qu’il est amoureux pour la première fois, il voit bien qu’elle pense à autre chose. Alors il part, fâché et déçu, avec son skate, et traverse la rue à fond. Un camion le percute de plein fouet. Le pronostic est sombre. Dans quatre semaines, s’il n’y a pas d’amélioration, il faudra débrancher le respirateur de Louis. En rentrant de l’hôpital, désespérée, Thelma trouve un carnet sous le matelas de son fils. À l’intérieur, il a dressé la liste de toutes ses « merveilles », c’est-à-dire les expériences qu’il aimerait vivre au cours de sa vie. Thelma prend une décision : page après page, ces merveilles, elle va les accomplir à sa place. Si Louis entend ses aventures, il verra combien la vie est belle. Peut–être que ça l’aidera à revenir. Et si dans quatre semaines Louis doit mourir, à travers elle il aura vécu la vie dont il rêvait. Mais il n’est pas si facile de vivre les rêves d’un ado, quand on a presque quarante ans...

Ce premier roman de Julien Sandrel a touché près d’un million de lecteurs et a été vendu dans 26 pays. Malgré les nombreuses récompenses obtenues dont le prix Méditerranée des lycéens 2019, ce roman ne fait pas l’unanimité. Certains diront que l’auteur utilise quelques raccourcis improbables pour faciliter sa narration.

Pour ma part, même s’il aborde un sujet grave et lourd, je l’ai trouvé aussi coloré que sa couverture. Ses personnages y sont vivants et entiers, sa lecture est aisée et prenante. Un roman qui va mettre du soleil dans vos vacances !        



4. Coup de cœur d'Anne-Catherine Werner

Marion Arbona, À travers les fenêtres. Montréal, Les 400 coups, 2022.


À travers les fenêtres ne pourra pas vous accompagner sur la plage, mais cela n'a pas d'importance, car, où que vous soyez, il vous fera voyager... dans un univers imaginaire et créatif. Le lecteur est invité à suivre Martha sur le chemin qui la ramène à la maison après une journée d'école. Elle flâne et observe les fenêtres du quartier. Chacune d'elles est représentée sur une page, quasiment blanche. En tournant cette page, le lecteur découvre ce qui se cache derrière la fenêtre, ou plutôt l'univers foisonnant imaginé par la fillette : une vieille dame qui vit dans un appartement rempli de plantes et d'animaux exotiques, des vampires qui jouent au badminton, des gnomes qui font un concours de gym ou encore un ogre en pleine sieste digestive. La dernière page fait pénétrer le lecteur dans la chambre de Martha, où il découvrira (et pourra s'amuser à identifier) les éléments déclencheurs de l'imagination débordante de la fillette. 

Dans ce magnifique album de grand format en noir et blanc, les illustrations un peu folles de Marion Arbona prennent le pas sur le texte, quasiment absent. C'est un régal pour les yeux ! Déformation professionnelle oblige : on ne peut s'empêcher d'imaginer tout un tas d'exploitations didactiques touchant, par exemple, à la créativité et à l'intertextualité... 



5. Coup de cœur d'Aurélie Cintori

AJ Dungo, In waves. Paris, Casterman, 2019.



Un roman graphique sur la thématique du surf : quoi de mieux pour nous dépayser en cette période de vacances ! Palmiers, cocotiers, sable chaud et colliers de fleurs solliciteront votre imaginaire. Au-delà du décor paradisiaque, le surf est avant tout un état d'esprit qui renvoie à l'idée de liberté et à la petitesse de l'être humain face à l'océan. Cet ouvrage nous permet, d'une part, de découvrir les origines du surf, sport de glisse qui nous laisse rêveur, mais il nous plonge également dans un récit plus intimiste et touchant. Karen, la protagoniste principale atteinte d'une maladie grave, nous livre une leçon de vie courageuse qui mêle amour, amitié et bien sûr ... le surf comme exutoire et lieu de dépassement de soi. 


6. Coup de coeur d'Anne Dister

Pascal Fioretto, L’anomalie du train 006. Pastiches contemporains. Paris, Éditions Herodios, 2021



Parce que la littérature contemporaine n’est pas très drôle (en témoignent les coups de  cœur de mes collègues, mais néanmoins amis), il vaut la peine de souligner les romans qui nous mettent en joie. Et c’est le cas de L’anomalie du train 006 de Pascal Fioretto. Sous-titré Pastiches contemporains, le roman de Fioretto met en scène des écrivains bien connus de la scène littéraire française qui se rendent en train au prestigieux salon du livre de Brive-la-Gaillarde. Virginie Despentes, Emmanuel Carrère ou encore Joël Dicker ne sont pas épargnés, et ça nous fait du bien. Ami d’Hervé Le Tellier (vous aurez compris la référence), Fioretto est un spécialiste du pastiche. Si Laurent Gerra vous fait rire dans ses chroniques matinales sur RTL, c’est parce qu’il y a du Fioretto derrière...



7. Coups de coeur de Jean-François Pondant

Kate Morton, Les Ombres d’Adélaide Hills. Charleston, avril 2023
Kate Morton, Le jardin des secrets. Pocket, octobre 2010



Attendu avec impatience par ses fidèles lecteurs, le nouveau roman de Kate Morton, Les ombres d'Adelaide Hills, vient de paraître. Ceux-ci auront le plaisir d’y retrouver les schémas habituels de l’auteure : trois générations de femmes, passés et présents ainsi que différents points de vue savamment entrelacés, mystères, histoires dans l'histoire.

« Collines d’Adelaïde, 1959. La veille de Noël, un homme fait une terrible découverte au mystérieux domaine des Turner. Une enquête policière est ouverte et la petite ville de Tumbeela est impliquée dans l'une des affaires de meurtre les plus choquantes de l'histoire de l'Australie du Sud. Soixante ans plus tard, Jess, journaliste à Londres, est à la recherche d’un sujet. Quand elle reçoit un appel de Sydney pour l’informer que sa grand-mère est à l’hôpital à la suite d’une chute, la jeune femme décide de rentrer en Australie auprès de celle qui l’a élevée. Livrée à elle-même pour la première fois dans la maison de son enfance, Jess s’aventure dans des pièces qui lui étaient interdites et trouve un livre de true crime sur la tragédie de la famille Turner. Jess découvre alors qu’il existerait un lien entre sa famille et ce crime jamais résolu… » 

Une lecture addictive et un grand coup de cœur pour ce roman, incontournable si vous aimez les vieux manoirs et les secrets de famille tout comme l’avait été Le jardin des secrets de la même autrice qui nous offrait un voyage dans le temps : une incursion dans le Londres mal famé de Dickens, où les orphelins sont exploités ; un petit tour en Australie dans les années 30 ; une station dans un château de Cornouailles et son jardin merveilleux en 1976, puis en 2005.

« Eliza Makepeace, Nell, puis sa petite-fille Cassandra traversent les siècles et les océans pour essayer de démêler l'écheveau de leurs origines… Qui est Nell, cette petite fille qui s'est retrouvé un beau jour de 1913 toute seule sur un paquebot à destination de l'Australie ? Qui est sa mère ? Et qui est cette mystérieuse dame qui l'a abandonnée sur le paquebot ? » 

Deux romans parfaits pour les nombreuses heures de lecture que nous offrent les vacances !



Lars Mytting, Les Cloches jumelles. Paris, Actes Sud, juin 2022
Lars Mytting, L’étoffe du temps. Paris, Actes Sud, octobre 2022
Lars Mytting, Les Seize Arbres de la Somme. Paris, Actes Sud, octobre 2019



Changement de décor avec cette plongée fascinante dans une vallée de Norvège, à la fin du 19ème siècle, enfermée dans ses anciennes croyances et attachée à ses traditions.

« A Butangen, dans le Gudbrandsdal, l'église en bois, vieille de 700 ans, abrite deux magnifiques cloches jumelles. La légende raconte qu'elles ont été fondues par Eirik Hekne en souvenirs de ses deux filles nées siamoises et dont la mère est morte en couches. La vie paisible de ce village de montagne va se trouver perturbée par l'arrivée du nouveau pasteur, soucieux de moderniser la paroisse. Son intention est de démonter l'ancienne église et d'en bâtir une autre, plus pratique, plus confortable. Conscient de sa valeur architecturale, il la vend à des Allemands afin qu'elle soit remontée dans la ville de Dresde. Un jeune architecte est dépêché sur place afin d'en dessiner les plans et, plus généralement, de répertorier les églises moyenâgeuses de toute la région. Deux hommes bientôt confrontés à Astrid, descendante de la famille Hekne. Une jeune femme au caractère bien trempé, décidée à sauver ce qui peut l'être de l'héritage familial en dépit des tendres sentiments qu'elle inspire au pasteur, comme à l'architecte. »

Lars Mytting a écrit un magnifique roman, premier opus d'une trilogie (dont le deuxième volume, L'étoffe du temps, est d’ores et déjà disponible), où se mêlent l'amour, la nature, l'architecture et la société du 19e dans sa diversité, entre modernité et superstitions. Un dépaysement total, une immersion dans une culture ancestrale et une nature majestueuse.



Si vous aimez les contes et légendes nordiques, précipitez-vous comme je l’ai fait après avoir découvert cet auteur avec Les Seize Arbres de la Somme, incroyable puzzle, prodigue en suspens, en rebondissements et en thématiques diverses : l'amour des arbres, la passion du travail du bois, les blessures de la guerre laissées dans les cœurs et le corps des hommes mais aussi subies par la nature, une période de conflit propice aux secrets de familles se propageant sur les générations suivantes…

« En 1971, un jeune couple franco-norvégien trouve la mort au fond d’un étang de la Somme dans d’étranges circonstances. Edvard, leur fils de trois ans, est porté disparu. Il n’est retrouvé que quatre jours plus tard, à une centaine de kilomètres du lieu du drame. Comment le petit garçon a-t-il échoué là ? Où était-il pendant tout ce temps ? Et pourquoi ses parents s’étaient-ils aventurés en pleine nuit dans cette forêt encore truffée d’obus et de grenades à gaz datant de la Première Guerre mondiale ? Élevé par son grand-père dans une ferme isolée en Norvège, Edvard n’a jamais su ce qui s’était réellement passé en France. Lors du décès de son aïeul, il apprend qu’un cercueil magnifique en bois précieux a été livré aux pompes funèbres quelques années auparavant, envoyé par son grand-oncle, un ébéniste d’exception. Celui-ci est pourtant mort depuis des décennies… Des îles Shetland aux champs de bataille de la Somme, le jeune homme part sur les traces de ce cercueil mystérieux, sans savoir encore qu’il va exhumer les secrets d’une histoire familiale étroitement liée aux conflits qui ont meurtri le siècle. »



John BOYNE, La vie en fuite.Paris, J.-Cl. Lattès, avril 2023



Quel professeur de français n’a pas fait lire à ses élèves le très beau Le garçon en pyjama rayé

John Boyne a eu l’excellente idée d’en écrire une suite, La vie en fuite, qu’il présente ainsi : « Quand j'interviens dans des ateliers d'écriture, je pose toujours aux étudiants cette question : sans faire référence à l'histoire proprement dite, résumez-moi en quelques phrases le sujet de votre roman. Si je devais répondre à cette question pour La Vie en fuite, je dirais que c'est un roman sur la culpabilité, la complicité et le deuil, un livre qui a l'ambition de sonder la culpabilité d'une jeune personne plongée dans le tourbillon des événements historiques qui se déroulent autour d'elle, et de voir si elle parvient à racheter les crimes commis par les gens qu'elle a aimés. »

« 1946. Trois ans après un événement tragique qui a fait voler leur vie en éclats, une mère et sa fille quittent la Pologne pour Paris. Honte et peur chevillées au corps, elles ne savent pas encore combien il est dur d’échapper au passé. 2022. Presque quatre-vingts années plus tard à Londres, Gretel Fernsby mène une vie bien éloignée de son enfance traumatique. Lorsqu’elle est dérangée par un couple qui emménage dans son immeuble, elle espère que la gêne ne sera que passagère. Cependant, l’attitude de Henry, leur fils de neuf ans, fait resurgir des souvenirs que Gretel pensait enfouis à jamais. Confrontée au choix cornélien de sauver sa peau ou celle de l’enfant, Gretel replonge dans son histoire quitte à faire éclore des secrets qu’elle a mis toute une vie à dissimuler. »

Dans ce roman, destiné aux adultes, on retrouve un John Boyne au meilleur de ses talents de romancier, avec une intrigue solide, une construction alternant deux fils narratifs et un regard incisif sur le monde qui nous entoure, sur le passé, le présent et à fortiori l'avenir qui nous attend.



Marie-Hélène Lafon, Les Sources. Buchet-Chastel, janvier 2023



Hasard de l’édition, trois romans sortis cette année traitent de la même problématique : les violences conjugales.

Avec le talent qu’on lui connait, Marie-Hélène Lafon, dans Les Sources, nous offre une remarquable observation des humiliations d’une femme piégée par un mari violent. Le récit est intense et l’écriture au cordeau à l’image de tous les romans de cette auteure, prix Renaudot pour l’émouvant Histoire du fils

Un roman court mais d'une puissance incroyable, un récit en trois actes : 1967 la mère, 1974 le père, 2021 la fille du milieu.  Derrière ce titre qui évoque les racines tout en y insufflant une promesse de liberté (dans le mot « source », réside en effet une fluidité, un espoir de changement, une promesse de vie), se dissimule le journal d'une femme battue, prisonnière d'un contexte social, menottée par l'orgueil et la nécessité de sauver les apparences. Un texte finement ciselé, qui dépeint avec une grande justesse la dureté du monde agricole, ainsi que la condition féminine dans la France rurale de l'époque.


Philippe Besson, Ceci n’est pas un fait divers. Julliard, janvier 2023



Philippe Besson, quant à lui, dans Ceci n’est pas un fait divers, aborde la même thématique du point de vue des victimes collatérales et a écrit un roman sur des vies qui volent en éclat, sur l'innocence perdue, le deuil, le chagrin, le combat difficile pour réapprendre à vivre et à se reconstruire sur les vestiges du passé mais aussi sur la résilience et l'amour fraternel qui permet de survivre à l'inconcevable et l'intolérable

L'auteur ne cherche pas les effets de style ou l'intensité dramatique. Dès les toutes premières lignes, le lecteur connait l'ampleur du drame qui frappe cette famille girondine. La force d'évocation se révèle par la sobriété du style, par un récit à la première personne du singulier, par des phrases et des chapitres courts qui confèrent à la narration un rythme soutenu et une atmosphère oppressante et souvent douloureuse.


Pascale Joye, La gravité des étoiles. Librinova, mars 2023
Pascale Joye, Ce qu’il restera de nous. Librinova, avril 2019


Enfin, sur le même thème, le très émouvant roman de Pascale Joye, autrice liégeoise et collègue.

La gravité des étoiles entrelace deux fils narratifs : le premier se déroule une trentaine d'années plus tôt, aux débuts de la relation entre Constance, 20 ans, et Richard, la quarantaine éclatante et séduisante, au moment où  le calvaire de la jeune femme se met en place d’une façon insidieuse mais impitoyable ; le second fil se passe de nos jours : Constance, dont le chemin de croix est enfin terminé mais pas oublié tant les stigmates sont indélébiles, rencontre Rosalie, sa nouvelle femme de ménage, qui, elle le devine, vit ce qu’elle-même a vécu plusieurs années auparavant.

Ce texte à l’écriture sensible et pudique rend hommage à toutes ces victimes, trop souvent silencieuses ou peu entendues, de la cruauté cynique de certains et décrit avec beaucoup de justesse et d’empathie les mécanismes à l’œuvre dans ces situations d’une intolérable violence.

Un roman nécessaire pour mettre toute la lumière sur ces drames intimes qui se répètent malheureusement beaucoup trop souvent. Je vous conseille ce très beau roman tout comme le précédent de l’autrice, Ce qu’il restera de nous.



8. Coup de cœur d'Amélie Hanus

Viola Ardone, Le train des enfants. Le Livre de Poche, 2022, trad. L. Brignon


Nous sommes à Naples, en 1946. Le petit Amerigo, 8 ans, attend en compagnie de plusieurs dizaines d'autres enfants le train qui va les emmener quelque part dans le Nord de l'Italie. Là, ils seront accueillis pour quelques mois dans des familles qui subviendront à leurs besoins. Il est vrai que la vie est très dure à Naples en cette période. La misère est telle dans les quartiers populaires que le parti communiste a organisé cet exil temporaire des enfants pour qu'ils se remplument un peu et souffrent moins de la faim. Amerigo est un garçon courageux, mais il n'en mène pas large. C'est sa mère qui l'a amené sur le quai. Au moment où le train s'ébroue, elle lui donne une pomme, le serre maladroitement dans ses bras et part sans se retourner. La reverra-t-il ?  

Quand Viola Ardone a pris connaissance de ce fait historique (ce sont en tout 70 000 enfants du Sud qui sont allés en pension dans le Nord dans l'immédiat après-guerre), elle a ressenti l'urgence de le raconter. Amerigo est un personnage fictif, mais il incarne magnifiquement ces enfants déracinés qui ont vécu cette expérience si particulière. Il nous raconte sa propre histoire de petit guaglione napolitain qui se retrouvera bien vite déchiré entre l'envie de retrouver sa mère et l'amour, le soutien et les perspectives de futur qu'il a trouvés dans sa nouvelle famille. Bouleversant !




Réagissez à cet article

Derniers articles

Exploitation de l'album « L’Argent » avec des élèves de 3e commune

Visite à la Foire du Livre

Lire, le propre de l’homme ?

Album (37) : « Le petit robot de bois et la princesse bûche » de Tom Gauld

Pourquoi écrire et pourquoi aller à l'école?