Pour les vacances

Quelques recommandations pour cette période estivale !

Une passerelle vers des livres qui ont été appréciés, aimés, adorés parfois, dévorés souvent... Laissez-vous séduire et profitez de ce temps béni des vacances pour plonger dans les livres ! 


1. Coup de cœur de Jean Kattus

Yuval Noah Harari, David Vandermeulen, Daniel Casanave, Sapiens. Une brève histoire de l'humanité. Tome 1 : La naissance de l'humanité, Albin Michel 2020. Tome 2 : Les piliers de la civilisation. Albin Michel, 2021.



Une bonne lecture de vacances, pour bronzer intelligent ! Cette BD ou essai graphique, je ne sais comment l'appeler, se dévore sans effort, malgré la complexité du sujet abordé (Tu imagines, l'histoire de l'humanité, rien que ça !).
 
C'est que la version dessinée de l'essai bien connu de Yuval Noah Harari, Sapiens, confie les explications historiques et scientifiques à quelques personnages de fiction convaincants, qui te prennent par la main et t'entrainent à leur suite à la rencontre des chercheurs en science, anthropologie, histoire ... Ils te parlent avec beaucoup de simplicité et de clarté de sujets complexes comme la révolution agricole, les fictions sur lesquelles se basent nos sociétés humaines, les découvertes concernant nos ancêtres sapiens ou néandertaliens ... 

La clé de cette lecture agréable ? La variété des approches - on passe des explications d'un personnage à la une d'un journal, puis à une publicité intitulée « Adoptez le feu, le feu quotidien », ou encore par les aventures illustrées de Bill et Cindy, premiers fermiers ... Et surtout, beaucoup, beaucoup d'humour !


2. Coups de cœur de Pierre-Yves Duchâteau

Daniel Mendelsohn, Une odyssée, Flammarion, 2017.


Un professeur d’université se prépare à animer un  séminaire sur l’Odyssée d’Homère lorsque son vieux père lui demande s’il peut y assister, lui assurant qu’il y sera discret. Heureusement pour le lecteur, ce ne sera pas le cas. Le père prendra régulièrement la parole pour formuler des reproches à l’encontre du comportement d’Ulysse ou proposer des interprétations qui ne cadrent pas avec celles de son professeur de fils… Les étudiants sourient, compatissant au sort de cet enseignant malmené par son papa.

Ce roman est riche de thématiques finement exploitées par l’auteur : les relations père fils (le professeur et son père, Ulysse et son fils, Télémaque) ; la pédagogie des textes littéraires (de nombreux passages sont consacrés au déroulement des cours) ; l’exégèse des textes anciens (ces œuvres nous parlent encore; on lit avec grand plaisir les gloses respectives du professeur, de son père et des étudiants) ; l’amour au sein d’un couple (Ulysse et Pénélope, le père et la mère du professeur)… Magnifique ouvrage, accessible par l’écriture (fluide, claire, précise) et profond (inépuisable ?) par son contenu.

Après avoir achevé ce livre, le lecteur n'hésitera pas à se plonger dans Les Disparus, du même auteur, paru en 2007 chez Flammarion, pavé de 650 pages qui narre la longue enquête qu'ont menée l'auteur, ses frères et sa sœur, pour établir ce qu'il était advenu de membres de leur famille dont on est sans la moindre nouvelle depuis 1941. Professeur de littérature classique, Daniel Mendelsohn éclaire son récit en y insérant des commentaires de textes bibliques. Passionnant... et un mois d'été aura passé.


Emmanuel Venet, Marcher droit, tourner en rond, Verdier, 2016.


Attention, pépite. D’ailleurs, comme les alcools forts, ce livre se consommera avec modération (mais cul sec !) puisqu’il ne compte que 123 pages. Le narrateur, diagnostiqué Asperger par Urs Weiss, directeur de l’Institut zurichois de l’autisme, entreprend, alors qu’il assiste aux funérailles de sa grand-mère Marguerite, de déconstruire rigoureusement et sans le moindre ménagement le tissu d’âneries flagorneuses que profère la dame Vaquelin, officiante bigote (pour laquelle tous les adagios sont d'Albinoni) désignée par les proches pour prononcer l’éloge funèbre de l’aïeule. Ce faisant, passant de sa grand-mère à ses tantes puis à ses cousines, c’est à la famille dans son étendue qu’il se laisse aller à tailler un costume. Bref, sur 123 pages, ça balance gaiment, à coups de plume vitriolée et de phrases ciselées au scalpel. Et le lecteur s’attache évidemment à ce narrateur qui met en balance les grotesques turpitudes de sa famille et son amour immodéré pour le scrabble, les catastrophes aériennes et, malgré le procès qu’elle lui a intenté, la belle mais inaccessible Sophie Sylvrestre-Lachenal.

Pour rire méchamment et par saccades sur la plage.


3. Coup de cœur d'Anne-Catherine Werner

Zep, Ce que nous sommes, Rue de Sèvres, 2022. 



Grâce au projet Data Brain, Constant, comme la majorité des humains qui en ont les moyens financiers, dispose d’un second cerveau, intégralement numérique... Doté d’une capacité de 100 milliards de connexions par seconde et pourvu de programmes variés, téléchargeables tout au long de la vie, ce second cerveau permet non seulement d’acquérir, en quelques secondes et sans aucun effort, des connaissances incroyables et infinies, mais aussi de vivre des expériences et des émotions virtuelles presque réelles. Parler douze langues, nager avec une baleine en voie d’extinction, modifier ses paramètres corporels pour ressentir plus fortement les sensations... tout est possible pour Constant... jusqu’au jour où un bug informatique efface toutes ses données... 

Perdu dans la forêt, il a tout oublié, même son identité. Hazel, une jeune femme qui vit en marge de cette société ultraconnectée, le recueille et l’accompagne dans une quête qui le conduira à découvrir qui il est vraiment et à mesurer les capacités du cerveau humain et la valeur des apprentissages. 

Cette bande dessinée dystopique est une belle occasion pour découvrir et apprécier Zep dans un registre adulte, tout en se posant des questions philosophiques et existentielles. « On voulait faire un humain augmenté, on a créé l’humain assisté ». Au regard de l’actualité, elle questionne... sur la place de la technologie dans nos vies et plus largement sur ce qui nous définit en tant qu’humains.


4. Coup de cœur d'Amélie Hanus

Charlotte Bourlard, L’apparence du vivant. L’Inculte, 2022.


Aimez-vous la taxidermie ? Elle n’aura plus de secret pour vous suite à la lecture de L’apparence du vivant, premier roman de Charlotte Bourlard, une autrice liégeoise !

Elle y raconte la relation d’amour filial, mêlé à de la fascination, entre une jeune photographe désœuvrée et un couple de gens âgés, les Martin, propriétaires d’un ancien funérarium. La jeune femme leur est totalement dévouée car elle y trouve un intérêt : Madame Martin lui enseigne patiemment et minutieusement cette technique (à moins que ce ne soit un art) de la « naturalisation » des êtres morts à qui l’on offre une nouvelle forme de vie, éternelle. Un art qui demande beaucoup de pratique… Sous une apparence paisible et anodine (le récit se passe à Liège, en perpétuels travaux), l’histoire s’écoule au rythme du fleuve et laisse au lecteur – qui n’en sortira pas indemne – le soin de découvrir, lentement mais sûrement, le Grand Œuvre auquel s’attèle cette jeune fille, d’apparence si frêle et inoffensive.

Une chose est sûre, vous ne regarderez plus les animaux empaillés de l’Aquarium du quai Van Beneden de la même façon… 


5. Coup de coeur d'Hélène Miesse

Tamzin Merchant, La maison Chapelier. Livre I. Gallimard jeunesse, 2021.


Le nom de Tamzin Merchant ne vous évoque rien ou presque ? Ce n’est guère étonnant! Cette actrice devenue auteure signe en 2021 pour Penguin Books Ltd The hatmakers, son premier roman, publié en français par Gallimard à peine quelques mois plus tard, sous le titre La Maison Chapelier.

Destiné à un public de pré-adolescents, ce volume, qui s’annonce être le premier d’une saga dont le second opus est attendu à l’automne, réunit habilement quelques-uns des ingrédients auxquels la littérature de jeunesse actuelle aime à faire la part belle : une héroïne audacieuse, « un grain de folie », un soupçon de magie, une part de mystère. On y retrouve également distillée çà et là l’influence plus ou moins discrète d’œuvres à succès : le titre et la folie du roi ne sont pas sans faire écho au Merveilleux pays de l’Alice de L. Caroll, tandis que les adeptes de J. K. Rowling ne seront pas dépaysés dans la capitale britannique, bien que l’intrigue se déroule quelques siècles plus tôt. 

C’est à Londres, en effet, que débute la quête de la jeune Cordelia Chapelier. Déterminée à retrouver son père, disparu en mer alors qu’il tentait de dénicher une plume d’oiseau rare pour sauver le royaume (rien de moins), l’héritière de l’atelier de chapeaux magiques ne recule devant aucun sacrifice pour arriver à ses fins : séduire un acteur, parlementer avec la princesse régente ou encore retrouver un matelot rescapé. L’ordre particulier qui règne dans une ville où les artisans usent de leurs talents pour épauler le pouvoir, et les caractères loin des stéréotypes des personnages qui gravitent autour de la jeune protagoniste se dévoilent progressivement au lecteur tandis que Cordelia progresse dans sa recherche. Si ses pérégrinations interrogent rancunes anciennes, poids des erreurs, justice, lutte des classes, trahison et quête du profit, elles permettent aussi à l’auteure d’approcher, avec légèreté et tout en finesse, des sujets longtemps restés tabous dans la littérature de jeunesse tels que l’homosexualité et le travestissement. 

Sans présumer de la fidélité de la traduction, l’ouvrage se distingue par une grande richesse verbale (que l’on appréciera pour les plus jeunes) : vocabulaire choisi, syntaxe élaborée, néologismes farfelus. A cette inventivité s’ajoutent des références littéraires (à Shakespeare) comme historiques (au règne de George III), des détournements et autres jeux de mots qui n’échapperont pas à un éventuel public plus âgé (« Le canard déchaîné », par exemple). Enfin, ponctué de quelques illustrations de Paola Escobar, qui décuplent le plaisir des mots, le livre s’achève sur un joyeux glossaire français-latin d’ingrédients magiques pour confectionner les chapeaux.

Une pépite plaisante, en somme – d’ailleurs sélectionnée pour le Prix Sorcières 2022 – à mettre dans toutes les mains des 10-12 ans avides de nouvelles lectures. 


6. Coups de coeur d'Aurélie Cintori

Hartmut Rosa, Accélérons la résonance! Entretiens avec Nathanaël Wallenhorst. Le Pommier, 2022.


Le sous-titre de cet essai, « Pour une éducation en Anthropocène », nous convie à réfléchir au statut des apprentissages dans notre société de tous les superlatifs (surabondance, surconsommation). Mû par la réalisation de soi, chacun de nous est contraint de multiplier ses capitaux individuels : capital économique, capital culturel, capital social et capital physique. « Ainsi nous sommes continuellement affairés à améliorer notre base de ressources : assurer nos revenus, entretenir nos connaissances, entretenir nos relations, soigner notre corps (...) Nous devons multiplier nos ressources et nous maintenir à flot en permanence. » (p.18)

Face à ces injonctions et à la survalorisation des apprentissages, l'auteur nous recommande le chemin de la résonance, c'est-à-dire celui de l'expérience de la vibration, de la rencontre avec le monde et avec les autres. La piste pédagogique évoquée par l'auteur ouvre la voie à une nouvelle façon d'être au monde qui commence par une autre manière d'apprendre. « Pour que les élèves expérimentent un processus de résonance au cours de leur formation, les enseignants doivent avoir pour souhait de les toucher véritablement ; et les élèves, quant à eux, doivent se montrer disponibles et en attente de vivre une expérience intéressante. » (p.38)

Un manifeste bref et sans détour qui sent bon l'optimisme à travers le sentiment de confiance qu'il transmet au lecteur. Bref, un petit rayon de soleil dans le marasme des réformes scolaires !



Benjamin Fisher, François Sonnet et Chris Damaskis, Le champ des possibles. Comment je suis devenu paysan, Le Chainon Manquant, 2022.



En réponse aux risques de l'Anthropocène, pourquoi ne pas suivre le chemin de la résonance, tel que préconisé par Hartmut Rosa. C'est le choix posé par François Sonnet qui, suite à son licenciement, se lance dans une formation de maraichage bio, puis dans la création d'un champ coopératif à Jupille. 

Cette bande dessinée retrace la genèse du projet et les différentes épreuves qu'il lui a fallu surmonter. Agrémenté d'explications didactiques et informatives, ce reportage sur la transition écologique permettra à tous, aux adultes comme les plus jeunes, de mieux percevoir les enjeux et de se questionner sur les choix éthiques et écologiques que l'on pose au quotidien. 

Pour plus d'informations, consultez le site : https://www.champdespossibles....



7. Coup de coeur de Colette Leunus

François-Marie Gérard (et alii), L'escarpin vert, Le livre en papier, 2021.



« Le corps de Géraud Desmoistier, restaurateur connu dans la région, est retrouvé sans vie dans son restaurant Vins et Délices. La mise en scène macabre est parsemée d'indices étranges. L'inspecteur Molen et son adjoint Vanulle entament leur enquête. Elle les mènera dans le domaine du vin, du Chianti toscan, entouré de mystère. Très vite, les suspects potentiels foisonnent. L'éthique professionnelle de l’inspecteur Molen est mise à l'épreuve par la rancœur de toujours qu'il éprouve envers le mort, ambitieux, sans scrupule et séducteur. Ou encore quand il doit interroger une suspecte devant laquelle son cœur fond, un sommelier passionné et prêt à tout pour le meilleur Chianti du monde ou encore un ex-ministre passionné de foot.  
Des personnages complexes, au passé douloureux, motivés tour à tour par l'amour ou l'argent, se déchirent, passent de l'amitié à la méfiance et à la trahison. Des personnages à la fois attachants et détestables pour un périple policier et humain construit en forme de puzzle dont les pièces s'assemblent petit à petit pour le plus grand plaisir du lecteur. »

https://www.publier-un-livre.c...

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