Écrire un portrait, puis éventuellement un autoportrait après la visite d'une exposition

L'article propose des activités d'écriture de portraits, notamment à partir de photos exposées dans un musée liégeois.


Une des expositions en cours au Musée de la Vie wallonne (dont vous pouvez observer ci-dessous une photo extraite de son site) jusqu'au 4 septembre 2022 s'intitule « LOVE - ANIMAL STORIES - PHOTOGRAPHIES ». 


Plus qu'une exposition, LOVE est une véritable expérience émotionnelle... Miroir de nos Animal Stories.
« LOVE – ANIMAL STORIES », LA NOUVELLE EXPOSITION PHOTO DU MUSÉE DE LA VIE WALLONNE, QUESTIONNE LA RELATION ENTRE L'HOMME ET LES ANIMAUX DE COMPAGNIE À TRAVERS LE REGARD DE CINQ PHOTOGRAPHES INTERNATIONAUX ET CONTEMPORAINS.
Cette expo photo familiale met en lumière l'amour inconditionnel qui unit les humains et leurs animaux de compagnie.
Fruit du regard de cinq photographes internationaux, l'exposition questionne la place privilégiée de l'animal au cœur de nos foyers, en dévoilant un quotidien fusionnel. Aujourd'hui, cet attachement irrépressible envahit les réseaux sociaux et les photos d'animaux de compagnie inondent nos profils comme s'il s'agissait de notre reflet.
Alicia Rius, Grace Chon et Sophie Gamand, installées aux États-Unis, l'immortalisent dans ce qu'il a de plus simple ou d'exubérant. Le londonien Gerrard Gethings illustre le « qui se ressemble, s'assemble », quand Thomas Mangold, originaire d'Allemagne, associe l'animal au monde de la beauté. Autant de regards nuancés pour souligner un seul sentiment : l'amour.
À l'heure de la distanciation sociale, les animaux nous aideraient-ils à satisfaire nos besoins relationnels qui nous lient habituellement à nos semblables ?1

Exploitation de l'exposition

La visite de cette exposition est précédée et suivie d'une réflexion sur les différentes relations entre les hommes et les animaux depuis la nuit des temps jusqu'à l'époque actuelle. Celle-ci peut être alimentée par une lecture en réseau de textes sur ce thème étant donné qu'ils sont nombreux : une recherche dans une librairie ou sur le site de l'une d'elles permettra d'en choisir en fonction du public. Une discussion est également engagée sur l'éventuelle relation entre les visiteurs de cette exposition (les élèves) et leur animal de compagnie.


Activités d'écriture d'un portrait et éventuellement d'un autoportrait

Cette visite est précédée ou suivie d'une séquence sur les textes descriptifs : les portraits et les autoportraits en particulier. Au début de celle-ci, il s'agit pour les élèves de relire des extraits de livres lus précédemment où des personnages sont décrits et/ou d'en lire de nouveaux. Des portraits de jeunes sont, par exemple, intégrés dans le roman Oh, boy !2de Marie-Aude Murail. Les caractéristiques de ces genres sont dégagées de l'observation et de l'analyse de ces extraits et les élèves sont amenés à s'exercer à les maitriser.

Portrait de jeunes aux pages 32 et 36 du roman

Écrire un portrait

Le lien entre l'exposition et la séquence sur le portrait est réalisé à la fin de celle-ci. Une activité d'écriture est menée en plusieurs étapes correspondant aux processus de l'écriture décrits notamment à la page 36 du Guide pratique du programme de français du premier degré commun3 : 

1) la planification, 
2) la rédaction, 
3) la relecture et la réécriture du texte, 
4) l'acte graphique. 

Elle est très librement inspirée d'un atelier décrit par Fabienne Kostrzewa dans son livre, Ateliers d'écriture.26 lettres en quête d'auteurs4, et intitulé L'hôte-au-portrait, pour apprendre les techniques d'écriture d'un portrait ou d'un autoportrait. Les étapes de cette activité sont décrites ci-dessous.

ÉTAPE 1: 
Par groupe de deux, les élèves sont amenés à observer à nouveau attentivement la reproduction de photos de personnes accompagnées de leur animal de compagnie de l'exposition du Musée de la Vie wallonne à afficher en classe. Bien entendu, les portraits choisis peuvent provenir d'une autre exposition, d'un autre musée visité par les élèves. Dans tous les cas, il s'agit de ce que Fabienne Kostrzewa appelle « des incitateurs d'écriture » dans son livre. 


Les élèves sont invités à choisir un des portraits et à s'identifier à la personne photographiée en répondant aux questions suivantes par écrit : 

- Qui êtes-vous ? Quels sont votre prénom et votre nom (à imaginer) ? Quels sont vos particularités physiques, vos qualités et vos défauts ?
- Où vivez-vous ? Quels sont votre âge et votre éventuelle profession ?
- Quel est votre animal de compagnie ? Quels sont ses caractéristiques physiques et son caractère ?
- Quelle relation entretenez-vous avec lui ? Quelles activités faites-vous avec lui ?
- Que ressentez-vous au moment où le photographe vous immortalise ? Pourquoi ? 


ÉTAPE 2 : 
Par deux, les élèves écrivent un portrait physique et psychologique de l'individu sur la photo et, ensuite, de son animal de compagnie. Ils seront rédigés à la troisième personne du singulier en commençant par le prénom et le nom de la personne photographiée et en tenant compte des caractéristiques du genre étudiées auparavant. Les relations entre l'humain et l'animal y seront évoquées. Il est également possible de faire écrire le portrait de l'individu, puis un portrait chinois débutant par : « Si j'étais un animal, je serais ... » Dans celui-ci, il s'agirait de décrire l'animal de compagnie de cette personne, ses caractéristiques physiques et comportementales.    


ÉTAPE 3 : 
Les scripteurs relisent et améliorent les textes produits en veillant aux caractéristiques du genre étudiées précédemment et aux différents niveaux du texte (contenu, organisation, vocabulaire, orthographe,...). Une grille avec les différents critères d'analyse leur est fournie ainsi qu'un rappel des quatre démarches de réécriture (ajouter, supprimer, remplacer et déplacer des éléments : lettres, mots, groupes, phrases). Ensuite, les élèves sont amenés à échanger leurs textes avec un autre groupe qui les commente par écrit en en relevant les points positifs et des pistes d'amélioration sur base des critères d'analyse et des démarches de réécriture. L'enseignant passe auprès des élèves pour vérifier les commentaires. Enfin, chaque groupe récupère ses textes commentés et les finalise en fonction des conseils reçus.


ÉTAPE 4 : 
Les élèves recopient les textes au net en les dactylographiant ou en soignant la lisibilité de l'écriture, la mise en page.


Pour terminer l'activité, les portraits sont socialisés, lus à voix haute et les auditeurs sont amenés à les écouter attentivement pour mettre en lien les textes et les photos affichées en classe, puis pour les commenter sur base de la grille d'analyse déjà fournie en en relevant en particulier les points positifs pour valoriser les productions, le travail d'écriture. Des échanges peuvent également porter sur les relations évoquées entre les individus et leur animal de compagnie en recherchant notamment des indices des photos qui ont permis de les imaginer. 

Dans son livre, aux pages 29 et 30, Fabienne Kostrzewa met en évidence l'importance de la valorisation au terme de l'atelier d'écriture. 

Prendre la décision de s'engager dans l'activité d'écriture et accepter le risque de subir des épreuves pour parvenir à écrire, ce double effort ne peut se consentir sans l'espoir d'une gratification, d'une valorisation au terme de l'exercice. L'atelier d'écriture est, à ce titre, gratifiant, car il prouve à chaque élève qu'il est capable d'écrire et de créer. 
La gratification, c'est le texte écrit à la fin de l'atelier, lu et apprécié par les autres participants ; c'est l'assurance d'avoir pu dire, se dire, dire aux autres en toute confiance et en s'amusant ; c'est l'absence [...] de note, de points ; c'est le plaisir, l'émotion, la fierté d'avoir créé.
À l'enseignant de communiquer de l'enthousiasme à ses élèves, d'installer un climat de confiance dans ses ateliers, [...] de les convaincre de la nécessité de respecter certaines valeurs pour que l'écriture soit véritablement source de valorisation, et non vecteur de compétitivité. Respect de l'autre, égalité dans la différence, partage, solidarité, liberté d'expression, [...], regard positif sur la production d'autrui, ces valeurs sont au cœur de l'atelier d'écriture.

L'atelier d'écriture peut se clôturer par cette socialisation ou il est possible d'envisager une autre activité à sa suite. 

Écrire éventuellement un autoportrait

Cette activité d'écriture est précédée de l'explication de la consigne suivante : il est demandé aux élèves d'apporter une photo récente d'eux reproduite en format A4 ainsi qu'une éventuelle photo de leur animal de compagnie. Le dispositif est structuré en quatre étapes correspondant aux processus d'écriture évoqués ci-dessus : la planification, la rédaction, la relecture, la réécriture et l'acte graphique. 


ÉTAPE 1 : 
Individuellement, répondez par écrit aux questions suivantes. Quels sont vos particularités physiques, vos qualités et vos défauts ? Selon le public, les questions suivantes peuvent être ajoutées :  quelles sont vos valeurs ? Qu'est-ce qui, selon vous, est bien et juste, notamment dans les relations entre les humains ou entre les êtres vivants en général ?
Si les élèves ont apporté une photo de leur animal de compagnie, ils répondent également aux questions suivantes : quel est votre animal de compagnie ? Quels sont ses caractéristiques physiques et son caractère ? Quelle relation entretenez-vous avec lui ? Quelles activités faites-vous avec lui ?


ÉTAPE 2 : 
Écrivez, à la première personne du singulier, un autoportrait physique et psychologique de vous et éventuellement de votre animal de compagnie en tenant compte des caractéristiques de ce genre abordées précédemment. Si les élèves n'ont aucun animal de compagnie, ils écriront, à la suite de leur autoportrait, un portrait chinois commençant par : « Si j'étais un animal, je serais... »


ÉTAPE 3 : 
Relisez et améliorez vos productions en vous servant de la grille avec des critères d'analyse proches de celle fournie lors de l'activité précédente ainsi que du rappel des quatre démarches de réécriture. Si un affichage des productions en classe est prévu, il serait pertinent de prévoir une lecture des textes par le professeur qui indiquerait les points forts de ceux-ci ainsi que des conseils pour les améliorer. Les élèves auraient ensuite l'occasion de les finaliser en fonction des conseils reçus.


ÉTAPE 4 : 
Recopiez les textes au net en les dactylographiant ou en soignant la lisibilité de l'écriture sur un grand panneau où il s'agit de coller votre photo et éventuellement celle de votre animal de compagnie et de noter votre autoportrait, le portrait de votre compagnon ou votre portrait chinois. Soignez particulièrement la mise en page de votre production.


Enfin, la socialisation permet à chacun de lire à voix haute ses textes, de recevoir des feedbacks bienveillants sur base de la grille d'analyse et, dans ce cas-ci, d'exprimer ce que chacun a appris à propos de ses condisciples. À nouveau, une réflexion sur la relation entre les élèves et leur animal de compagnie peut être prévue. Les panneaux peuvent ensuite être affichés en classe si les scripteurs en manifestent le souhait. 

Une analyse réflexive des activités est menée pour les clôturer en amenant les participants à répondre notamment aux questions suivantes : qu'avez-vous apprécié ou non lors de ce dispositif ? Quels sont les éléments qui ont pu faciliter l'écriture ou, au contraire, la bloquer, la freiner ? Qu'avez-vous appris à propos de l'écriture ? Vos représentations de celle-ci ont-elles été modifiées dans le cadre de ces activités ? 

Quelles sont les spécificités et les intérêts de telles activités d'écriture ?  

Dans son livre, Fabienne Kostrzewa, licenciée en philologie romane qui a enseigné dans l'enseignement secondaire pendant de nombreuses années, puis dans une Haute École après avoir mené une recherche universitaire, s'est intéressée aux ateliers d'écriture. Elle les définit de la manière suivante. 

C'est une démarche d'auto-socio-construction du savoir-écrire en ceci qu'il favorise toujours la prise d'autonomie des participants qui écrivent en affrontant des contraintes multiples, mais libératrices parce qu'elles permettent un questionnement sur le rapport de chacun à l'écriture et parce qu'elles stimulent la créativité. 
C'est un dispositif qui installe chaque individu, non seulement dans un passionnant face-à-face avec lui-même, mais surtout dans un dialogue avec les autres, qu'il s'agisse des condisciples, de l'animateur ou des auteurs dont l'œuvre est abordée ! Les liens étroits qui se tissent alors font la trame du travail en atelier : partager, collaborer, échanger, mais aussi entrer en conflit, argumenter pour convaincre, toujours dans le respect de l'autre et toujours pour écrire ensemble. Car écrire au cours d'un atelier signifie écrire seul et avec les autres ! Et c'est ce paradoxe, précisément, qui permet à chacun de construire son rapport au savoir-écrire et de se construire soi-même, en tant que sujet, par rapport à ce savoir et par rapport aux autres. 
C'est une pratique qui contribue à éveiller et/ou à réveiller l'envie et le pouvoir d'écrire parce qu'on y propose de découvrir ou de redécouvrir le plaisir d'écrire, pour communiquer, pour explorer son imaginaire, pour créer un texte poétique ou une histoire, pour défendre un point de vue, mais aussi pour reprendre une place dans la classe, pour devenir ce que l'on est. Au fil des ateliers, les élèves retrouvent ou trouvent la confiance en leurs capacités et ils sont davantage motivés à s'engager dans l'écriture. [...]
C'est une autre perception des tâches d'écriture puisque les obstacles traditionnellement ressassés, à savoir le manque d'imagination, la mauvaise maitrise de la syntaxe, la pauvreté du vocabulaire ou les défaillances orthographiques, sont progressivement levés grâce à des techniques qui s'inspirent de divers domaines, dont les arts plastiques. En participant à un atelier d'écriture, chacun est confronté à un double étonnement : devant ses capacités d'écrire dont il doutait et devant la trace produite qui lui révèle que l'écriture est une forme particulière de la pensée et qu'à ce titre, elle est émancipatrice.
Mais ce n'est pas un remède-miracle à tous les maux d'écriture ni un outil pédagogique de plus, qu'il est bon de tester. En effet, les enjeux sont ailleurs : ils offrent une approche original de la question de l'écrit qu'ils abordent en se plaçant du côté de la création et en essayant de mettre en jeu un maximum de potentialités de chaque écrivant pour lui permettre de s'engager dans l'expérience de l'écriture.

Lors de l'analyse réflexive de l'atelier, il est judicieux de mettre en évidence les processus de l'écriture qui ont constitué les étapes pour écrire, les démarches de réécriture notamment et les compétences de scripteurs que chacun a mobilisées. Ces processus, démarches et compétences dont les participants ont pris conscience pourront sans doute être plus aisément exploités lors de l'écriture dans le futur. Il est également pertinent d'interroger les participants sur le plaisir qu'ils ont pu prendre ou non en écrivant, en étant créatifs, en imaginant les caractéristiques d'un individu et de son animal de compagnie observés sur des photos, en collaborant à certains moments ou en partageant leurs productions. Il est également intéressant de leur demander si leur perception des tâches d'écriture ont été modifiées ou non en participant à ces activités. Leurs représentations pourront évoluer au fil des ateliers.

Fabienne Kostrzewa encourage donc les enseignants à mener des ateliers d'écriture avec les élèves de tous les types d'enseignement en tenant compte des conseils qu'elle donne dans son livre, notamment « en mettant tout en œuvre pour qu'écrire soit un plaisir », par exemple grâce aux incitateurs d'écriture. Parmi ceux-ci, à la page 25, elle propose les photos, cartes postales, dessins, reproductions d'œuvres d'art, revues, magazines, références cinématographiques ou théâtrales, objets, tissus, supports musicaux, jeux de société, promenade, etc. En outre, à la page 26, elle met en évidence les invariants de l'atelier d'écriture.

- le pari : « Tous capables. Tous créateurs » ;
- l'écriture-plaisir ;
- la variété, la diversité des inducteurs d'écriture ;
- l'alternance du travail collectif et du travail individuel ;
- la mise en situation identique pour tous au départ ;
- la mise en commun, l'affichage, l'exposition des écrits ;
-  la gestion de l'espace (éclatement du cadre-classe) ;
- la gestion du temps (durée, rythme, progression) ;
- les contraintes ;
- la problématique et les enjeux clairement définis ;
- l'analyse réflexive ;
- la mise en valeur des textes [...] ;
- la rencontre avec l'autre et avec ce qui est étranger.



Sylvie Bougelet



1. https://www.provincedeliege.be...

2. Murail M.-A. (2001). Oh, boy ! Paris, École des loisirs. Ce roman est destiné aux adolescents et permet d'évoquer la thématique de l'homosexualité notamment.

3. FESeC. (2005). Guide pratique du programme de français du premier degré commun. Boite à outils n°6, Bruxelles.

4. Kostrzewa F. (2007), Ateliers d'écriture. 26 lettres en quête d'auteurs. Bruxelles, De Boeck & Larcier. 

Auteur

Sylvie Bougelet

Maitre-assistante en français et didactique du français. Intérêt particulier pour la didactique de l'écriture et les activités sollicitant la créativité.

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