Pour les vacances

Quelques recommandations pour cette période estivale !


Une passerelle vers des livres qui ont été appréciés, aimés, adorés parfois, dévorés souvent... Laissez-vous séduire et profitez de ce temps béni des vacances pour plonger dans les livres ! 


1. Coups de cœur de Pierre-Yves Duchâteau

Nicolas Mathieu, Leurs enfants après eux, Actes Sud, coll. Babel, 2020.


Il y a comme ça des romans dans lesquels on entre circonspects, méfiants d'un succès commercial qu'on juge trop spectaculaire pour être lié à un authentique talent... Et puis progressivement, on s'attache à ces ados qu'on suit quatre étés caniculaires durant, de 1992 à 1998, dans les rues et alentours d'Heillange, commune imaginaire du nord de la France, à deux pas du Luxembourg, touchée de plein fouet par la fermeture d'aciéries devenues insuffisamment rentables. Et on se dit que l'auteur, Nicolas Mathieu, n'en est sans doute pas à son coup d'essai, tant l'étude sociologique qu'on s'apprêtait à lire nous est habilement distillée à travers un entrelacs d'intrigues qu'on ne veut plus lâcher : comment Anthony va-t-il récupérer la moto de son père ? Steph s'intéressera-t-elle un jour à lui, malgré son œil toujours à moitié fermé ? Comment le père d'Anthony va-t-il tourner, après son geste d'une rare violence ? Hacine parviendra-t-il à ses fins peu légales ? Enfin, quand on lit des dialogues plus crus et spontanés que nature qui alternent sans heurt avec des considérations plus générales sur les symptômes d'une région usée par le capitalisme, on finit par se convaincre que Nicolas Mathieu n'a pas volé le Goncourt 2018.


Antonio Manzini, Piste noire, Folio Policier 2019.


À tous ceux qu’un certain virus a privés de ski depuis plus d’un an, je conseille ce petit roman italien, dont l’intrigue se déroule à Champoluc, charmante station du Val d’Aoste. Le point de départ : un corps est retrouvé sous la neige d’une piste, écrabouillé par une dameuse (ce qui est d’emblée moins charmant). Et rien ne manque des codes du genre : un commissaire mal dégrossi, à la vie privée compliquée, peu à cheval sur la légalité, un gros bourg dont les habitants se connaissent tous et entretiennent entre eux des relations diverses et parfois cachées, des fausses pistes, des indices… Bref, un régal pour le lecteur-apprenti enquêteur, ou la mise en bouche parfaite avant d’entamer par la suite des lectures estivales plus nourrissantes.


Giuseppe Santoliquido, L’été sans retour, Éditions Gallimard 2021.


Coup de cœur, roman abouti ? à vous de voir. Je ne me prononcerai pas. Si je le conseille sans réserve, c’est avant tout parce que ses 263 pages se lisent d’une traite… Nous sommes à Ravina, petite bourgade imaginaire des alentours de Matera, dans le Basilicate. Alors qu’elle s’apprêtait à se rendre à la fête du village avec sa cousine et une amie, Chiara, adolescente de quinze ans, disparait brusquement. 15 ans après les évènements, le narrateur se décide à se confronter à son passé et à relater le battage médiatique et l’enquête qui ont suivi cette disparition. En excellent conteur qu’il semble être, l’auteur mène son récit avec un art consommé du suspense. Mais c’est peut-être là que réside la faiblesse de ce roman ; la narration prend le pas sur les thématiques évoquées, qui sont selon moi trop nombreuses et insuffisamment creusées : jeunesse désœuvrée dans une région pauvre, odieuse exploitation du malheur par les médias, morale conservatrice des régions du Sud, parmi d’autres que je ne citerai pas pour ne pas trop en dire sur l’intrigue. Si vous le lisez, je vous saurai gré de me faire part de votre idée sur la question !


2. Coup de cœur d'Anne-Catherine Werner

Pierre Jarawan, Tant qu'il y aura des cèdres (trad. Paul Wider), Paris, Éditions Héloïse d'Ormesson, 2020.


Samir et ses parents ont fui le Liban pour se réfugier en Allemagne. Là-bas, ils se construisent rapidement une vie heureuse. Brahim, le père, fait profiter tous ceux qui l'entourent de sa joie de vivre et de son gout pour les réunions festives. Un jour, il quitte l'appartement... et ne rentre pas. Il ne reviendra jamais... Suite à cette disparition, à cet abandon inexpliqué, l'équilibre familial vole en éclats et le bonheur s'éclipse. Des années plus tard, devenu adulte, Samir décide de partir à la recherche de son père sur les routes du Liban. Guidé par les histoires qui ont bercé son enfance et par le journal de Brahim, il réalise un véritable voyage initiatique qui lui offrira de belles rencontres et l'occasion d'en apprendre davantage sur le Liban, sur sa famille et sur lui-même. 

Ce roman, qui sent bon le cèdre, offre un dépaysement fort bienvenu à travers les paysages libanais. Il amène le lecteur à découvrir un pan de l'histoire du Liban, mais également à s'interroger sur des thématiques universelles : l'immigration, la famille, l'identité, la quête de soi... 

En bonus, découvrez la rencontre trilingue avec l'auteur et ses traducteurs dans le cadre du Prix littéraire des lycéens de l'Eurégio



3. Coup de cœur d'Isabelle Persoons

Karine Giebel, Maîtres du jeu, Pocket, 2013.

Maîtres du jeu by Karine Giébel

J’ai découvert cet ouvrage il y a peu. J’ai, depuis, lu d’autres romans et d’autres nouvelles de cette autrice, mais j’avoue garder un coup de cœur pour ce recueil de nouvelles.

D’abord, une auteure française, qui sait nous tenir en haleine et surtout maitrise à la perfection l’art de nous surprendre ! Ensuite, deux histoires, courtes, étranges, dérangeantes, intrigantes, qui vous maintiennent accroché au livre et vous surprennent jusqu’au bout. Enfin un art de la chute qui vous cloue sur le fauteuil et même peut-être comme moi fera s’échapper de votre bouche un « Oh ! » révélateur de la surprise totale. L’habit ne fait pas le moine, derrière la figure douce et avenante de Karine Giebels, des histoires tortueuses à vous couper le souffle !


4. Coup de cœur d'Aurélie Cintori

Sylvain Connac, La coopération, ça s'apprend. Mon compagnon quotidien pour former les élèves en classe coopérative, Paris, ESF, 2020.


Un guide pratique qui présente les différentes modalités du travail coopératif : du tutorat, aux ateliers en passant par le travail en groupe ou encore les conseils coopératifs, chacun y trouvera son compte ! De quoi actualiser, affiner, voire préciser nos maitrises de ces pratiques et éventuellement donner l'envie d'en approfondir certaines. On y (re)découvre des pratiques parfois (souvent) observées de manière décontextactualisées et donc détournées de leur objectif premier (par exemple : le débat mouvant, les rôles pour le travail de groupe, les gestes du bilan météo ou encore le statut de tuteur). L'avantage indéniable de cet ouvrage est celui d'une présentation claire, accessible et synthétique. Les enjeux et les écueils à éviter sont explicitement identifiés et présentés, de manière à guider l'enseignant dans sa mise en oeuvre. De plus, de nombreux outils immédiatement utilisables en classe (fiches, questionnaires, documents élèves) sont téléchargeables sur le site de l'éditeur et constituent des ressources riches et fiables. 

Bref, une petite mine d'or à mettre entre les mains de tout enseignant soucieux de développer des habiletés prosociales auprès de ses élèves et pour qui « la priorité est clairement de favoriser la solidarité avec les plus vulnérables et la générosité entre nous tous. »


5. Coup de cœur de Sophie Quiriny

Djaïli Amadou Amal, Les impatientes, Editions Emmanuelle Colas, 2020.


L'auteure, Djaïli Amadiu Amal, s'est inspirée de sa vie pour nous livrer un roman polyphonique poignant et bouleversant. Celle-ci déploie une énergie sans faille pour soulever l'indignation et faire bouger les consciences. Elle laisse le soin au lecteur de se forger sa propre opinion. Trois destins pour une même vie sous le joug ignoble de leurs familles, de la Tradition et de la religion musulmane. Chaque histoire est rythmée par le leitmotiv insupportable du « mental », patience, qui déchire la vie de ces femmes.

Ces trois récits de vie actuels m'ont laissée sans voix. Une patience à toute épreuve et à quel prix ? À lire absolument !


6. Coups de cœur de Jean Kattus

Audur Ava Olafsdottir, Ör, Zulma, 2017.


« Il n'y a aucune femme dans ma vie, en dehors de ma mère, mon ex-femme et ma fille. » Sans plus de réconfort à attendre des trois Gudrun de sa vie, traversé régulièrement par l'idée du suicide, Jonas se met en route pour un voyage sans retour à destination d'un pays ravagé par la guerre, avec sa caisse à outils pour tout bagage et sa perceuse en bandoulière. 

Ce pays ravagé, c'est un pays du Proche-Orient. Les habitants survivants, surtout des vieux et des femmes, tentent de se relever. Cela pourrait être dur et glauque, c'est surtout profond, poétique, délicat et souvent drôle. C'est aussi un hommage aux femmes et à leur extraordinaire capacité de résilience. 


Olga Tokarczuk, Dieu, le temps, les hommes et les anges, Robert Laffont, Pavillons Poche, 2019.


Est-ce un conte, un roman ? Réalisme magique ? Roman historique ? Récit poétique ?
Une petite centaine de chapitres courts centrés sur quelques personnages d'un village polonais, que l'on suit à travers les époques du début du vingtième siècle jusqu'à sa fin, chaque fragment apportant la vie, les naissances, le printemps, ou la mort, l'automne, la guerre, des moments qui marquent Michel, Misia, Isidor, Ruth... : autant de « temps »  qui rythment leur vie. C'est une écriture légère et poétique, chargée d'émotions, qui nous relie aux nôtres.


7. Coup de cœur de Méline Wietkin

Mickaël Ollivier, Frères de sang, Thierry Magné, 2006.


Tout d'abord, je le recommande car c'est un roman policier/thriller avec énormément d'intrigues. Les élèves se plaignent souvent que les livres qu'ils lisent ne sont pas intéressants car il n'y a pas de rebondissement et que la fin n'est pas surprenante. Ici, ce n'est pas la cas. Tout au long de la lecture, notre avis quant à la culpabilité ou non de Brice change.
Le livre permet d'aborder un tas de sujets (il y a beaucoup de réflexions autour de la justice) et peut être travaillé en interdisciplinarité, avec le cours de religion notamment. Il permet beaucoup d'échanges et je trouve qu'il serait intéressant d'utiliser ce livre dans une séquence sur l'argumentation par exemple, dans laquelle les élèves devraient défendre ou accuser Brice sur la base des éléments du roman. 

Personnellement, je l'ai beaucoup apprécié car je suis friande d'histoires de crimes à résoudre dans lesquelles nous suivons les inspecteurs, la famille de l'accusé et des victimes. J'apprécie particulièrement le doute qui plane tout au long du roman. Le livre est accessible, il fait 142 pages. Je l'ai travaillé avec des élèves de deuxième année. Ils l'ont tous lu très rapidement et se sont tous impliqués dans leur carnet de lecture. 


8. Coups de cœur de Jean-François Pondant

John Boyne, Il n’est pire aveugle, J.-C. Lattès, 2021.


Propulsé dans la prêtrise par une tragédie familiale, Odran Yates est empli d’espoir et d’ambition. Lorsqu’il arrive au séminaire de Clonliffe dans les années 1970, les prêtres sont très respectés en Irlande, et Odran pense qu’il va consacrer sa vie au « bien ». Quarante ans plus tard, la dévotion d’Odran est rattrapée par des révélations qui ébranlent la foi du peuple irlandais. Il voit ses amis jugés, ses collègues emprisonnés, la vie de jeunes paroissiens détruite, et angoisse à l’idée de s'aventurer dehors par crainte des regards désapprobateurs et des insultes. Mais quand un drame rouvre les blessures de son passé, il est forcé d’affronter les démons qui ravagent l’Église, et d’interroger sa propre complicité.

Ce dernier opus du grand conteur qu’est John Boyne est vraiment très réussi et évoquer un tel sujet avec autant de finesse relève du grand art. Le thème de la pédophilie, des viols et agressions sexuelles sur enfants, n'est pas nouveau en littérature. Ici, l'auteur choisit d'évoquer l'église catholique irlandaise et situe son personnage principal au sein même de la communauté ecclésiastique, au cœur du drame et du silence, du déni et de la cécité. 

Le style de John Boyne n'a décidément pas fini de tenir ses lecteurs en haleine en utilisant un suspense léger mais assez efficace pour maintenir l’intérêt jusqu'au bout.  Sous le prétexte de la fiction, il ne cesse ici encore de démontrer à quel point les Irlandais ont pu pâtir d'une institution profondément hypocrite, dont les valeurs apparentes d'honnêteté et de probité ne sont que feux de paille, qui cachent mensonges et vices. C'est ce qui m'avait, entre autres, marqué dans Les fureurs invisibles du cœur, cette injustice aigüe qui nait de l'a capacité omnipotente de certains, cachés sous la fine mais solide couche d'hypocrisie, à juger et condamner selon des valeurs, qu'eux-mêmes ne savent pas respecter.

Excellent roman, bien écrit et construit, avec un angle soigneusement choisi qui évite tout manichéisme.  À lire !


Adeline Dieudonné, Kérozène, L'Iconoclaste, 2021.


Une station-service, une nuit d'été, dans les Ardennes. Sous la lumière crue des néons, ils sont douze à se trouver là, en compagnie d'un cheval et d'un macchabée. Juliette, la caissière, et son collègue Sébastien, marié à Mauricio. Alika, la nounou philippine, Chelly, prof de pole dance, Joseph, représentant en acariens... Il est 23h12. Dans une minute tout va basculer. Chacun d'eux va devenir le héros d'une histoire. Entre tous ces récits à priori juxtaposés vont se tisser parfois des liens. Après l’incroyable La vraie vie, Adeline Dieudonné nous revient avec Kérozène.

Je me suis régalé de cette galerie de portraits tous inquiétants et excessifs. Adeline Dieudonné a décidément le chic pour réveiller le regard critique de ses lecteurs sur la société contemporaine :  l'ultra violence née des rapports de domination, l'emprise de l'homme sur la femme ou vice-versa, sur les animaux, la lutte des classes, mais aussi, de façon plus symbolique, l'emprise que peuvent avoir sur nous nos pulsions, nos impulsions ou la norme ordinaire.

L'écriture est addictive : Adeline Dieudonné a le sens de la formule et l’art d’appuyer là où cela fait mal en ponctuant le récit d'éclats de mots qui touchent, d’un humour plus ou moins sombre et de nombreux traits d'ironie. À mi-chemin entre le roman et le recueil de nouvelles, Kérozène est un très agréable moment de lecture confirmant le talent de la jeune autrice qui, faut-il le rappeler, est belge !


Elizabeth Jane Howard, La saga des Cazalet, La Table ronde, 2020.

T1 : Etés anglais
T2 : À rude épreuve
T3 : Confusion
T4 : Nouveau départ (à paraitre – octobre 2021)

Septembre 1939. La famille Cazalet, réunie à Home Place, apprend l'entrée en guerre de l'Angleterre à la suite de l'invasion de la Pologne. On ferme les demeures londoniennes les unes après les autres pour se mettre à l'abri dans le Sussex, où les préoccupations de chacun – parent, enfant ou domestique – sont régulièrement interrompues par les raids allemands. Polly, dont les parents s'enfoncent dans un insupportable mutisme, se tourne vers les discours pacifistes de Christopher et l'oreille attentive de Miss Milliment. Clary, sa meilleure amie, renseigne chaque parcelle de sa vie dans des carnets et élabore mille scénarios pour expliquer le silence de son père Rupert, porté disparu sur les côtes françaises. Serait-il devenu espion aux côtés du général de Gaulle ? Zoë, sa femme, vient de donner naissance à Juliet, qui ne connaitra peut-être jamais son père. Fascinées, les deux adolescentes observent aussi leur cousine Louise : à dix-huit ans, alors qu'elle fait ses débuts dans un sinistre théâtre de province, elle fume et porte des pantalons, au grand dam de sa famille. Deuxième tome de la saga des Cazalet, À rude épreuve reprend le fil de l'existence de personnages dont Elizabeth Jane Howard continue d'explorer les secrets les plus enfouis, alors que l'Angleterre subit de plein fouet le conflit mondial tant redouté.

Si vous aimez les sagas où évoluent une multitude de personnages, si vous avez adoré la série Downton Abbey, ce livre est pour vous ! Elizabeth Jane Howard (1923 - 2014), qui a donc connu l’époque qu’elle décrit, entraine le lecteur avec une grâce indicible et rayonnante d'humanité au cœur d’une certaine Angleterre sur le point de radicalement changer.  

À travers plusieurs voix donc plusieurs points de vue, la vie déroule son cours à un moment où l'histoire devient tumulteuse, chaotique, mystérieuse mais aussi émouvante, chaleureuse…  terriblement humaine en fin de compte. Cette fresque familiale, sous des dehors légers et bucoliques, laisse apparaitre des thématiques graves telle la place de la femme dans la société, l'anxiété et les traumatismes liés à la guerre, les non-dits parentaux, l’homosexualité, l’adultère, l’éducation, l’inceste, la pauvreté...

Vous l’aurez compris, une saga très prenante, bien écrite, extrêmement vivante, émouvante, drôle et puissante.


9. Coup de cœur de Léana Sideri

Victoria Mas, Le bal des folles, Albin Michel, 2019.


Victoria Mas signe son tout premier roman avec Le bal des folles, un ouvrage à la fois bouleversant et porteur d’une vérité historique. Ce livre d’environ 250 pages plonge le lecteur en plein cœur de l’hôpital de la Salpêtrière en 1885 : un lieu qui a la réputation d’y détenir des femmes victimes de crises d’hystérie. Depuis l’arrivée du docteur Jean-Martin Charcot, la neurologie semble avoir fait des bons considérables si bien que tous les médecins de France veulent assister à ses célèbres représentations du mardi lors desquelles il provoque des crises d’hystérie chez des femmes qu’il parvient à calmer à l’aide de l’hypnose. L’auteure dresse le portrait de quatre femmes ayant toutes subi des injustices liées à une société dirigée par des hommes, une société où la femme n’a pas son mot à dire.

Cet ouvrage a été un véritable coup de cœur pour moi ! J’ai eu l’impression durant toute ma lecture de suivre le quotidien de ces aliénées, de partager leurs peines et leurs secrets.

Si à première vue le bal semble comme une réadaptation à la réalité pour ces aliénées, il est avant tout selon moi sordide : cet évènement est une sorte de spectacle observable par la haute société qui se délecte de voir ces femmes qui n’ont pas été épargnées par les aléas de la vie. Les quatre protagonistes se veulent humaines et attachantes si bien qu’on a envie de converser avec elles, de les rassurer et de leur promettre de sortir de ce lieu sinistre.

Le bal des folles, un ouvrage qu’il vous faut absolument emporter dans votre valise pour vos prochaines vacances !


10. Coup de cœur d'Emilie Minguet

Nastassja Martin, Croire aux fauves, Verticales, 2019.


Nastassja Martin est anthropologue. Elle est spécialiste des Even, une population arctique animiste. Elle partage leur quotidien de longs mois durant. Un choix de vie qui lui permet de fuir la civilisation et l’aliénation qu’elle engendre. Un jour, au fin fond des montagnes du Kamtchatka, la rencontre entre les deux mondes a lieu. Nastassja est attaquée par un ours. Elle survit à ses blessures et devient alors une miedka : une personne moitié humaine, moitié ours. 

Dans ce roman autobiographique, Nastassja Martin évoque l’épisode qui a marqué sa vie et son visage. Elle tente d’y trouver un sens. Elle interroge les frontières, l’altérité, l’invisible… Avec une grande sensibilité, elle nous partage sa quête existentielle au cœur du Grand Nord.



 11. Coup de cœur d'Amélie Hanus

David L. Carson et Landis Blair, L’accident de chasse, Sonatine éditions, 2020.



L’accident de chasse, c'est le roman graphique qui a remporté rien de moins que le Fauve d’Or du meilleur album au dernier Festival d’Angoulême. Et c’est mérité. Il s’agit de l’histoire vraie d’un homme (un ami de l’auteur), devenu aveugle après un accident de chasse (enfin, c’est ce qu’il a raconté à son fils, venu vivre avec lui à la mort de sa mère). Nous sommes à Chicago dans les années soixante, la vie de Charlie est bien triste dans cette Little Italy où règnent la mafia et la prohibition. Matt, son père aveugle, est enfermé en lui-même et s’évade dans ses écrits – en braille – très métaphoriques, proches des poèmes-fleuves du Moyen Age, dont il parle inlassablement à son fils.

Au fur et à mesure que Charlie grandit, Matt, craignant de voir son fils mal tourner, finit par lui raconter ce qui lui est vraiment arrivé. C’est alors le tourbillon : le lecteur est plongé dans une Divine comédie moderne. C’est en effet ce poème qui a sauvé Matt, lorsqu’il s’est retrouvé incarcéré dans une prison ressemblant étrangement à l’Enfer, comme le décrit Dante (9 étages, 9 cercles…). 


Graphiquement, cela donne un objet d’art, véritable tour de force qui rend merveilleusement, bien sûr en noir et blanc, l’aveuglement de Matt, son emprisonnement intérieur. L’œuvre est d’une grande force expressionniste, chargée de symboles et de trouvailles graphiques.

Un récit poétique et poignant, qui fait voyager dans les méandres les plus obscurs de l’âme humaine, laissant entrevoir, parfois, un peu de lumière… 






BONNES LECTURES ....

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