Faire face à l'inattendu : quelques propositions d'activités brèves à sortir de son chapeau en cas d'envie ou de besoin

Une tâche qui dure moins longtemps que prévu, une activité qui s'avère peu adaptée, qui est modifiée en direct ou interrompue, des éléments externes qui s'immiscent dans la classe... Nombreux sont les facteurs qui influent sur le déroulement d'une leçon et sur la gestion du temps. Et si on se constituait une boite d'activités de secours ?

« Il reste encore dix minutes avant la fin de la leçon... » 

Qu'ils soient novices ou expérimentés, les enseignants reconnaissent de manière relativement consensuelle que la gestion du temps constitue une difficulté inhérente à leur pratique. Tout enseignant sait qu'il est, en effet, difficile (voire impossible) d'estimer avec précision le timing des activités, en particulier en début d'année scolaire, lorsque l'on ne connait pas encore bien ses élèves, leur rythme ni leur niveau. Soumises aux aléas du terrain, certaines tâches prennent beaucoup plus de temps que prévu, d'autres, au contraire, se déroulent plus rapidement que ce que l'enseignant avait imaginé. D'autres encore se voient avortées ou modifiées car elles ne favorisent pas suffisamment l'intérêt et/ou la participation des élèves, ou se révèlent finalement peu adaptées. En plus des réactions suscitées par les activités elles-mêmes, ce qui se passe en dehors de la classe, avant, pendant et après la leçon, finit bien souvent par y entrer d'une façon ou d'une autre. Nombreux sont les facteurs qui influent sur le déroulement d'une leçon et, par extension, sur le facteur temporel.

L'enseignant, un « improvisateur préparé »

Dans un article intitulé Ordre des occasions, ordre des raisons1, Louis PORCHER insiste sur l'écart qui peut exister entre la planification (la préparation d'une activité ou d'une leçon construite sur des contenus disciplinaires) et sa mise en œuvre soumise aux aspects situationnels, qui se négocie dans l'instant de l'interaction. Tout enseignement est en équilibre entre prévision et imprévisibilité. Ainsi, dans sa classe, au fil des activités et des leçons, l'enseignant est inévitablement amené à exercer son improvisation, sa capacité à réagir, à gérer une situation nouvelle ou inattendue et à s'adapter à celle-ci. 

Il s'agit certes d'improviser, mais pas de faire n'importe quoi. « Le bon improvisateur n'est [...] pas celui qui n'a rien préparé : c'est plutôt celui qui a tellement préparé qu'il est devenu capable de mobiliser à tout moment une diversité de scénarios. »2 Par conséquent, faire preuve d'adaptabilité, c'est notamment être capable de « choisir une manière d'agir perçue comme adéquate au sein d'un répertoire d'actions plus ou moins standardisées que l'on a en mémoire »3.

L'intérêt des activités brèves

Cette capacité à s'adapter à la situation s'acquiert par l'expérience, via des expérimentations et des essais-erreurs. Bien entendu, chaque enseignant se prépare comme il le souhaite ou le peut et réagit à sa façon à l'inattendu. Puisqu'il n'est pas possible d'avoir prise sur tout, il peut être utile de s'équiper en se créant par exemple une petite boite à outils, un stock d'activités qui pourront combler les dernières minutes d'une période de cours, faire office de respiration ou de joker, ou encore prendre la forme d'un rituel, en début de leçon par exemple.

Cet article a pour seule visée de proposer quelques activités que l'enseignant de français pourrait glisser dans cette boite à outils. Outre leur lien avec les compétences langagières et certains contenus du cours de français, les activités proposées ci-dessous ont pour points communs leur brièveté et leur simplicité. Toutes peuvent, en effet, être réalisées en quelques minutes et nécessitent peu de matériel. Cette brièveté et cette facilité de mise en œuvre rendent leur utilisation aisée et souple.

Une partie des activités proposées ci-dessous sont empruntées à un ouvrage intitulé Five-Minute Activities4, que les professeurs d'anglais connaissent généralement bien. Il n'existe à ma connaissance pas de recueil de ce type focalisé sur l'enseignement du français, mais, comme nous le savons, la didactique du français et la didactique des langues étrangères se nourrissent mutuellement. La publication de Penny UR et Andrew WRIGHT, bien qu'un peu vieillie, demeure ainsi fort intéressante pour tout professeur de langue, première ou seconde.

 


Quelques propositions d'activités à glisser dans sa boite à outils

Des activités pour développer et utiliser le vocabulaire et s'interroger sur la langue

  • Le jeu des définitions 
  1. Former des groupes de 3 ou 4 élèves et distribuer à chaque groupe un mot que les élèves ne connaissent pas et un dictionnaire ; 
  2. Demander aux élèves de noter en vrac les idées que le mot leur évoque : Que pourrait désigner ce mot ? Quelle en serait la définition ? 
  3. Inviter chaque groupe à prendre connaissance, via le dictionnaire, de la définition du mot reçu et à la recopier ; 
  4. Demander ensuite à chaque groupe, au départ des idées initiales ou non, de créer 2 ou 3 définitions erronées mais plausibles (à la manière du célèbre Jeu des dictionnaires). L'objectif est de « noyer » la définition réelle parmi des définitions inventées ; 
  5. Rassembler tous les élèves. Inviter chaque groupe, l'un à la suite de l'autre, à écrire le mot reçu au tableau et à lire les définitions de celui-ci ;
  6. Demander aux autres élèves d'identifier la définition qui leur parait correcte. Confronter leurs réponses à la réponse correcte ;
  7. Réfléchir ensemble à ce qui a induit en erreur ou mis sur la voie, aux éléments sur lesquels le groupe s'est basé pour imaginer des définitions erronées (étymologie, familles de mots, sonorités, terminaisons, etc.).
  • Trouver le plus rapidement possible un mot au dictionnaire
  1. Former des groupes de 4 élèves et distribuer un dictionnaire à chaque groupe ; 
  2. Annoncer aux élèves qu'ils devront trouver le plus rapidement possible plusieurs mots qui leur seront donnés oralement ;
  3. Proposer un premier mot (selon le niveau des élèves et leur familiarité avec l'outil dictionnaire, choisir un mot facile à identifier ou, au contraire, un mot qui présente une graphie compliquée ou une correspondance graphèmes-phonèmes peu évidente, tel que ecchymose) ; 
  4. Attribuer un point au premier groupe capable d'orthographier correctement le mot et d'en donner la définition exacte ;
  5. Procéder de la même manière pour chaque mot et comptabiliser les points pour renforcer le challenge. 
  • Décrire un objet sans le voir : 
  1. Rassembler dans un grand sac opaque des objets variés (récoltés auprès des élèves et dans la classe ou préparés à l'avance) ;
  2. Inviter un élève à plonger la main dans le sac, à attraper un objet et à le décrire (sans le sortir du sac) le plus précisément possible en termes de forme, de taille, de texture ;
  3. Proposer à l'ensemble de la classe de tenter d'identifier l'objet en se basant sur les explications de l'élève piocheur. 

Des activités pour exercer son imagination

  • Lire et interpréter une image par dévoilement progressif : 
  1. Imprimer une image (peinture, photographie, publicité, illustration tirée d'un album) en grand format et la glisser dans une grande enveloppe ;
  2. Dévoiler l'image par étapes en la sortant peu à peu de l'enveloppe (il est aussi possible de projeter l'image au tableau interactif et de la dévoiler progressivement via l'outil « rideau » du programme ActivInspire) ; 
  3. À chaque étape, demander aux élèves de décrire ce qu'ils voient et d'imaginer ce que la partie dissimulée pourrait montrer, ce que l'image entière représente ; 
  4. Inviter les élèves à éliminer au fil du dévoilement les hypothèses qui ne paraissent pas/plus plausibles et à en formuler de nouvelles.

Cette activité permet notamment de réfléchir à l'impact que peuvent avoir la composition, le cadrage et le choix des couleurs sur l'interprétation de l'image.


  • Interpréter une image abstraite : 
  1. Tracer au tableau un grand rectangle et dessiner à l'intérieur de celui-ci toute une série de formes, de lignes, de points, idéalement de couleurs différentes. Il est aussi possible de projeter une oeuvre abstraite au tableau ;
  2. Inviter les élèves à observer le dessin/tableau et leur demander ce qu'il représente selon eux ;
  3. Préciser qu'il n'y a pas de bonne ou de mauvaise réponse. Encourager les élèves à utiliser leur imagination et à partager leurs interprétations. 

Des activités pour travailler les compétences orales

  • Tracer la ligne d'expressivité d'une chanson
  1. Proposer à la classe l'écoute d'une chanson ;
  2. Annoncer aux élèves une seconde écoute de la chanson et leur demander, durant celle-ci, de tracer la ligne d'expressivité de la chanson de manière à obtenir un dessin de ce type :
  3. Inviter les élèves à comparer leur ligne avec celle de leur voisin et à expliquer comment ils ont procédé pour la tracer. 

Cette activité permet de sensibiliser les élèves aux paramètres de la voix (volume, débit, intonation, accents d'insistance, etc.), mais aussi aux aspects plus musicaux, à tous ces éléments qui participent à l'expressivité et suscitent des émotions chez le récepteur. 


  • Raconter un fait surprenant : 
  1. Demander à un élève de raconter en quelques minutes à la classe un fait surprenant dont il a pris connaissance récemment et qui est susceptible d'intéresser ou d'amuser le groupe. Le Livre des records ou des statistiques sont des sources possibles ; 
  2. Récolter les réactions des élèves par rapport au fait raconté ;
  3. Favoriser la discussion ou le débat au sein de la classe. 
  • Faire la promotion d'un objet insolite : 
  1. Confier à chaque élève l'illustration d'un objet insolite, pioché par exemple au sein du Catalogue d'objets introuvables de Jacques CARELMAN ; 
  2. Demander à chacun de trouver un nom accrocheur pour l'objet insolite (dont il devra faire la promotion face à la classe) et plusieurs arguments en faveur de cet objet ;
  3. Inviter un élève à présenter et à faire la promotion de son objet face au groupe ;
  4. Distiller les présentations au fil des leçons. 


Pour conclure

Ces quelques propositions peuvent constituer la base d'une « boite à activités » qui pourra être alimentée au fur et à mesure. Fictive, cette boite pourrait tout à fait être concrétisée, matérialisée de manière plus ou moins créative. Si le choix de l'activité peut être l'affaire de l'enseignant (le plus à même à sélectionner une tâche adaptée aux besoins de la situation), ce dernier pourrait aussi confier cette tâche aux élèves ou inviter l'un d'eux à piocher une fiche-activité dans la boite apportée en classe. 

Bien qu'elles ne prétendent pas répondre aux diverses difficultés qui se présentent au sein de la classe, les activités brèves, faciles à mettre en œuvre, constituent des outils souples, ludiques et intéressants lorsqu'il s'agit de combler les dernières minutes d'une leçon ou d'aménager une respiration.


Anne-Catherine WERNER


1.  PORCHER Louis (1987). «  Ordre des occasions, ordre des raisons », dans Les cahiers du CRELEF, n°25, pp.45-56.

2.  SIMARD Claude,  DUFAYS Jean-Louis,  DOLZ Joaquim et  GARCIA-DEBANC Claudine (2010). Didactique du français langue première. Louvain-la-Neuve. De Boeck. p.100. 

3. Ibidem 

4. UR Penny et  WRIGHT Andrew (1992). Five-Minute Activities. A ressource book of short activities. Cambridge. Cambridge University Press. 

Auteur

Anne-Catherine Werner

Maitre-assistante en français, didactique du français, assistante de formation en didactique du français langue première (ULiège). Intérêt particulier pour la lecture, l'écriture, la langue française, le cinéma, le théâtre, la photographie et les arts plastiques.

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