Coups de cœur pour cet été

Cet été encore, bronzons intelligemment, avec de bons bouquins recommandés par l'équipe de DUPALA !

Quelques recommandations pour cette période estivale.

Une passerelle vers des livres qui ont été appréciés, aimés, adorés parfois, dévorés souvent... Laissez-vous séduire et profitez de ce temps béni des vacances pour plonger dans les livres.



1. Coup de cœur d'Anne-Catherine Werner

Marie Meuleman & Matthieu Litt, Camille se réveille. CotCotCot Éditions, 2026.


On ne présente plus les éditions CotCotCot, connues notamment pour les albums jeunesse de qualité qu'elles publient, mais l'on peut par contre présenter la belle et récente collection de récits photographiques qu'elles éditent à destination des enfants et/ou des adolescents. Quelle belle idée de faire se rencontrer dans un livre le travail d'un auteur ou d'une autrice et celui d'un ou d'une photographe ! Camille se réveille, le dernier volume en date, fraichement sorti de presse en février, est un petit bijou, un véritable livre-objet qui se feuillette et se refeuillette avec douceur les yeux grand ouverts.

Le texte écrit par Marie Meuleman est narratif : il raconte ces matins pressés que nous sommes sans doute nombreux à connaitre, ces matins où l'on donnerait beaucoup pour rester encore un peu calfeutré dans son lit, ces matins qui se répètent inlassablement avec ou sans variations, ces matins que les vacances nous feront oublier... pour un temps. Il est aussi poétique : les mots et les séquences se répètent avec rythme et se réorganisent d'une page à l'autre pour faire vivre au lecteur les routines et les rituels matinaux.

Les très belles et tout aussi poétiques images de Matthieu Litt entrent en dialogue avec le texte. Issues de la série intitulée Terra Nullius réalisée au Groenland, elles se caractérisent par un jeu de superpositions et de surexpositions qui invite à la contemplation tout en renforçant le caractère cyclique déjà présent dans le texte. Camille se réveille n'est pas un livre illustré : les deux langages, textuel et visuel, se mélangent pour ne faire qu'un.

D'un point de vue matériel, l'originalité du livre réside dans son format de petite taille, sa reliure en spirale ainsi que dans les images imprimées sur calque qui rythment le volume tout en accentuant le jeu de superposition et de répétition. On pourrait imaginer un tas d'exploitations au départ de ce support en français et en ECA, mais l'on va d'abord prendre le temps de le contempler encore et encore.  



2. Coup de cœur de Célia Léonard

Margaret Atwood, Les Testaments. Robert Laffont, 2021 (publication originale : 2019)




Quinze ans après les événements de La Servante écarlate, Margaret Atwood nous replonge dans l’univers glaçant de Galaad avec The Testaments, un roman aussi captivant qu’inquiétant. Là où le premier opus nous enfermait dans le regard de Defred, cette suite élargit la perspective et donne la parole à plusieurs femmes, dont l’inoubliable Tante Lydia, figure ambiguë et fascinante du régime totalitaire, Agnès, arrachée à sa famille par le régime de Galaad lorsqu’elle était enfant, et Nicole, « l’enfant volé » ou « l’enfant sauvé », selon le point de vue. 

À travers les récits croisés des trois narratrices, l’autrice dévoile les rouages internes de Galaad, ses hypocrisies, ses failles et les mécanismes de domination qui permettent à une dictature de se maintenir. Mais surtout, elle montre comment certaines femmes tentent de survivre, de résister ou de reprendre une forme de pouvoir dans une société qui les réduit au silence. 

Ce qui rend ce roman particulièrement marquant, c’est sans doute son inquiétante proximité avec certaines réalités contemporaines. Margaret Atwood ne construit pas une dystopie spectaculaire et lointaine : elle assemble, avec une précision redoutable, des éléments déjà présents dans notre monde (contrôle du corps des femmes, fanatisme religieux, surveillance, propagande, restriction des libertés) jusqu’à les pousser à leur paroxysme.
Malgré la noirceur du propos, les chapitres courts, les révélations progressives et la tension constante rendent la lecture difficile à interrompre. On y retrouve également ce mélange si particulier propre à Atwood : une écriture sobre, mais traversée d’une ironie mordante et d’une profonde lucidité sur les rapports humains. 

Publié en 2019, le roman connaît aujourd’hui un regain d’intérêt avec l’adaptation en série récemment diffusée. Ce spin-off s’inscrit dans la continuité de La Servante écarlate. C’est ainsi le moment idéal pour découvrir ce livre, que ce soit avant de regarder la série afin d’en savourer toutes les subtilités, ou après, pour prolonger l’expérience et retrouver toute la richesse de l’univers imaginé par Margaret Atwood. 

Un roman puissant, intelligent et terriblement actuel, à lire idéalement après La Servante écarlate, mais qui peut également se découvrir indépendamment. Une lecture qui divertit autant qu’elle dérange, et qui continue longtemps à hanter ses lecteurs une fois la série regardée.


3. Coup de cœur de Sophie Motter

Gaea Schoeters, Le Trophée. Actes Sud, 2022.


Il y a des sujets qui sèment immédiatement la discorde dans les groupes. La chasse en est un. On est farouchement pour ou farouchement contre mais le thème est rarement traité avec nuance. Gaea Schoeters exploite habilement ce dilemme dans Le Trophée, qui a remporté le Prix des Lycéens de l’Eurégio cette année.

L'action se déroule en Afrique. Le personnage principal, Hunter White, a acheté un permis pour venir chasser. Hunter White est le chasseur blanc américain typique qui ne vit que pour la chasse au trophée d’animaux sauvages rares. Il est convaincu qu’il livrera un combat loyal avec la proie qu’il convoite, même s’il est accompagné d’une équipe entière d’assistants.

En tant que courtier à Wall Street, Hunter White pense que ce n’est que lorsqu’une cause a de la valeur qu’elle sera protégée. Selon lui, la chasse commerciale génère justement les fonds nécessaires à la préservation de la nature et incite les populations locales à lutter contre le braconnage. Le sacrifice d’un seul individu pourrait sauver la survie de l’espèce. Il a acheté un permis pour aller chasser, dans un pays non spécifié du sud de l’Afrique, le dernier des Big Five qui lui manque encore : le rhinocéros noir. Mais gare à vous, Schoeters pousse ce principe à l’extrême dans ce livre, ce qui, dès la deuxième partie, bouleverse le personnage principal ainsi que l’esprit du lecteur. Un véritable casse-tête !

L’histoire devient extrêmement palpitante et Hunter prend des risques de plus en plus grands. Les scènes de chasse et de nature, superbement décrites, sont puissantes et témoignent des recherches approfondies menées en amont.

Le roman traite également de la thématique éthique qui s'applique à notre rapport, toujours très répandu, au continent africain, qui continue d'être exploité de manière effrénée et violente et dépouillé de ses ressources naturelles au profit du consumérisme mondial. Le regard occidental porté sur le continent déforme la réalité amère.

Ceux qui lisent attentivement ont, dès le prologue, un pressentiment lancinant quant au déroulement de l'histoire. Pas à pas, vous vous enfoncez dans The Heart of Darkness. C’est une histoire palpitante et hypnotique que l’on peut lire d’une traite jusqu’à la fin, même si l’on sait déjà que cela ne va pas bien se terminer.


4. Coups de cœur de Pierre-Yves Duchâteau

Mathilde Beaussault, Les Saules. Points 2026.
Anouk Sutterberg,In Extremis. Pocket 2025.
Karine Giebel, Toutes blessent, la dernière tue. Pocket 2025.



Trois polars hautement recommandables, vite lus, bon marché, anti prise de tête, accrocheurs. Il est vivement conseillé de privilégier une lecture non intellectuelle et d’accepter les quelques traits stéréotypés de ces récits, parfois peu vraisemblables, inhérents à ce genre commercial, moyennant quoi on passera de bons moments, sur la plage, dans le train, juste avant la sieste ou pendant que mijote la bolo.

Le plus conforme au genre, d’ailleurs ? Sans doute In Extremis. On y retrouve un policier bien sous tous rapports, en couple avec une jolie journaliste, sportive aguerrie de surcroit (skieuse experte), qui mènent l’enquête. Ils poursuivent un serial killer maléfique, rusé, sadique, véritable « incarnation du mal ».

Le plus social ? Assurément Les Saules : nous sommes dans un village de Bretagne où agriculteurs du bas du village et bourgeois du haut se regardent en chiens de faïence et parmi lesquels le flic local recherche l’assassin d’une jeune fille dont le corps est retrouvé dans une coulée. Une mention spéciale pour la transcription des interrogatoires : les témoins s’expriment dans une langue qui leur colle à la peau et reflète finement la position qu’ils tiennent dans cette microsociété villageoise.

Le plus politique ? Celui de Giebel, Toutes blessent, la dernière tue. Elle déploie le sort inhumain de filles « achetées » au Maroc à des familles pauvres pour les revendre comme esclaves à des familles françaises. Giebel tire prétexte du fait que la servitude domestique existe encore en France, comme elle le rappelle en conclusion de son roman, pour un délivrer une version noire et violente.

Le plus baroque ? In Extremis ! Le tueur décapite ses victimes, coiffe leur tête d’une couronne, les maquille, les orne de fleurs alpestres et les envoie flotter dans la Leysse, la rivière qui arrose Chambéry. Petit bonus : les toponymes sont réels et ceux qui connaissent les Alpes (la région de Grenoble, de Chambéry, de Modane), imagineront sans doute plus facilement les décors des évènements.

Le mieux construit ? Je dirais Les Saules, où l’on nous présente une série de personnages, finement individualisés - j'insiste - par leur langage, personnages parmi lesquels le lecteur recherche impatiemment l’assassin.

Le plus éloigné des canons du genre ? Peut-être bien Toutes blessent, la dernière tue. Il n’est pas vraiment question d’enquête au sens classique du terme, mais plutôt d’une entrelacement habile d’une peinture extrêmement sombre de la vie d’esclave moderne et des agissements criminels d’êtres, disons, asociaux.



Siddarth Kara, Le Zorg. Paulsen, 2025.



Le Zorg est un navire hollandais, arraisonné par les Anglais, construit pour le transport transatlantique d'esclaves originaires d'Afrique. Il effectue, sous pavillon anglais donc, une traversée avec à son bord 400 esclaves et un équipage étrangement réduit (une quinzaine d'hommes, si mes souvenirs de lecture sont exacts) dont les responsables sont de bien piètres marins (ils éprouveront notamment des difficultés à situer leur navire dans la mer des Caraïbes). Nous sommes en 1781 et la traite des Noirs, à l'origine de l'éclosion spectaculaire du capitalisme, bat son plein. Sur le Zorg, la traversée se passe mal et les responsables, craignant une pénurie de vivres, font jeter à la mer 132 captifs. Par la suite, invoquant l'"impérieuse nécessité", l'armateur du Zorg requerra l'intervention de son assureur pour que ces 132 captifs sacrifiés lui soient dédommagés. Le cynisme est à son comble et le tribunal chargé de l'affaire donnera raison à l'armateur. Jusqu'à ce qu'il soit question de rouvrir le procès, sous la pression d'un jeune humaniste, un certain Granville Sharp, indigné qu'on puisse traiter des êtres humains "comme des chevaux" dont on se débarrasserait faute de pouvoir les nourrir... L'homme est à l'origine d'une vague de fond qui aboutira à l'abolition de l'esclavage.

Il s'agit là d'un traité d'histoire soigneusement documenté, rédigé dans un style enlevé, qui va droit au but (et sort le lecteur de l'anémie culturelle que lui a causée la lecture prolongée de polars) !


Bret Anthony Johnston, La Lumière et les Ténèbres. Albin Michel, 2026.



Waco, 1993. A la suite d'un siège de 51 jours, les forces de l'ordre décident de déloger, au moyen de chars d'assaut, les derniers membres d'une communauté religieuse retranchée dans un ranch miteux et soudée autour de leur gourou, le charismatique David Koresh. Le siège causera en tout la morts de 82 assiégés, dont 25 enfants, et de 4 agents du gouvernement. 

Les faits sont reconstitués dans ce roman par le regard de personnages dont l'auteur assemble patiemment la psychologie, sans se précipiter, par touches successives, au fil de courts chapitres narrés alternativement par Jaye, adolescente venue de Californie avec sa mère pour rejoindre l'Agneau (surnom du gourou), et par Roy, fils du shérif local et fin crocheteur de serrures (un comble pour un fils de policier). Jusqu'à ce que le drame éclate et bouleverse les existences de chacun...

L'originalité de ce roman très inspiré tient surtout à la manière dont l'auteur nous montre l'attirance réciproque qui lie Jaye, ado rebelle mais fidèle à sa mère, et Roy, gamin serviable, courageux, romantique et quelque peu timide. Bref, dans ce monde d'adultes gentiment fanatisés (et les agents fédéraux le sont aussi, à leur manière), ce sont les ados, parmi lesquels il y a Coop, le pote fantasque de Roy, qui par leur fraicheur, leurs émois, leur distance critique, la force de leurs sentiments, demeurent sans doute les plus équilibrés.


5. Coup de cœur de Jean Kattus

Laurent Mauvignier, La maison vide. Les Éditions de minuit, 2025. Prix Goncourt.



« - 744 pages… Ouf, ça fait beaucoup ! Il faut vraiment que ça en vaille la peine, ça fait un paquet d’heures de lecture…
- J’espère que ce n’est pas trop difficile à lire, parfois on s’y perd dans des gros bouquins comme ceux-là.
- En même temps, il a obtenu le Prix Goncourt en novembre dernier, normalement, ça ne doit pas être pas trop mal.
- Et puis si je ne lis pas de gros livres pendant les vacances, quand j’ai le temps…
- Bon, je commence, on verra bien, s’il me tombe des mains, je l’abandonnerai. »

Eh bien, je l’ai commencé, un peu frileusement dois-je l’avouer, quelques pages à la fois avant de m’endormir. Et j’ai été accroché, jusqu’au bout !

Accroché par le style d’abord : Laurent Mauvignier sait ménager ses effets, en recourant aux pronoms dont il dissimule à dessein le référent pendant quelques phrases ( … j’ai fouillé partout où j’étais certain qu’elle se cachait, puis dans les endroits où j’étais convaincu que je ne la trouverais pas mais où je me suis raconté qu’elle avait pu échouer...), ou en posant des questions qui dynamisent ses descriptions ( … son plateau de marbre gris et rose fendu à l’angle supérieur gauche, son triangle presque isocèle qui n’a jamais été perdu et qui reste là, flottant comme un îlot en forme de part de tarte ou de pizza – mais cassé depuis quand et par qui ? ). Il suscite ainsi notre intérêt, mais ce n’est absolument pas gratuit, c’est même le coeur de ce roman : cette maison vide familiale, redécouverte après plusieurs années d’abandon, livre peu à peu mais surtout dissimule de multiples secrets. Elle porte en elle une longue histoire, comme toutes les maisons de famille, et aussi – surtout ? - de multiples zones d’ombre, des non-dits et des secrets de famille.

C’est donc une véritable enquête dans laquelle l’auteur se lance en franchissant le seuil de cette maison et en tentant de reconstituer l’histoire de ses ancêtres, depuis les guerres napoléoniennes jusqu’à aujourd’hui. Il s’efforce de démêler les légendes des faits, ou bien, faute de traces factuelles précises, il reconstitue par l’imagination la vie quotidienne des différentes générations qui se sont succédé dans cette maison campagnarde, en particulier son arrière-grand-mère et sa grand-mère, deux figures profondément marquées par les deux guerres mondiales et leur condition féminine, dans une société qui les assignait à une place qu’elles devaient subir. Le lecteur est emmené au plus près des personnages, partageant leurs rêves, leurs frustrations et leurs souffrances au sein d’une famille dont le mode de vie contraint est aujourd’hui difficilement imaginable.

Et c’est encore le style rythmé, précis, qui suit le fil de la pensée des personnages, leurs réactions émotionnelles, proche de l’oralité ou de la pensée en construction, qui prend le lecteur par la main et le mène, tambour battant en quelque sorte, de page en page à travers les soubresauts de l’histoire familiale et de la grande Histoire. C’est effectivement un grand roman dans lequel le lecteur ne manquera pas de retrouver les inévitables questionnements qu’il peut lui-même formuler sur sa propre famille, ne serait-ce qu’en regardant attentivement les photos anciennes en noir et blanc oubliées au fond d’une armoire ou dans une caisse reléguée au grenier et couverte de poussière.



6. Coup de cœur d'Aurélie Cintori

Adeline Dieudonné, Dans la jungle. L'iconoclaste, 2026.    



Si vous avez aimé ses romans précédents : La vraie vie et Reste, vous adorerez son dernier opus, Dans la jungle. Comme à son habitude, Adeline Dieudonné nous immerge sans compromis et sans filtre dans le quotidien d'une héroïne contemporaine qui va affronter des situations extrêmes. Il s'agit cette fois d'Aurélie, une jeune femme aisée vivant dans le Béwé (Brabant wallon) dont on découvre le quotidien. Lors de ses études, elle rencontre Arnaud qui a tout pour plaire, du moins aux premiers abords. Les années passent, le couple emménage, se marie, fonde une famille (deux enfants) et s'installe dans une villa quatre façades de la périphérie huppée bruxelloise. En surface, sa vie parait parfaite et idyllique, mais sous le vernis se cache une tout autre réalité. 

Construit à rebours, ce récit implacable nous donne à comprendre le drame qui a touché Aurélie et sa famille. Tout au long du roman, l'autrice distille habilement une série d'indices afin de nous permettre d'appréhender le basculement, l'inévitable chute ... En mettant en scène un sujet sombre et poignant, Adeline Dieudonné s'engage aux côtés des femmes : celles qui luttent, qui se remettent inévitablement en question, qui pensent qu'elles ne sont pas à la hauteur et qui pardonnent inlassablement. Une critique vigoureusement acerbe de la masculinité toxique. 


7. Coups de cœur de Jean-François Pondant

Ugo Brabàra, Les Malarazza. Gallimard, 2026.




" Mon père aurait été un bon père s'il n'avait pas tué ma mère. "Ainsi s'ouvre la grande saga italienne des Malarazza, septième roman du scénariste Ugo Barbàra, dont l'incroyable best-seller est aussi le premier livre traduit en France. L'histoire commence à Castellammare del Golfo, pas très loin de Palerme, en 1860. Alors que Garibaldi s'apprête à débarquer en Sicile, Antonio Montalto a une intuition : céder une partie des vignes et des oliveraies qui ont fait la fortune de sa famille en échange d'un petit voilier. Tout le pays le prend pour un fou, mais il a compris que le siècle à venir s'ouvrait en Amérique.

De la touffeur de Castellammare au vacarme de New York, l'histoire rencontre l'Histoire et raconte la légende d'un empire fondé sur les exploits visionnaires d'Antonio et l'obstination de sa femme Rosaria, capable de jeter les bases d'un projet futuriste : la création d'une banque américaine dirigée par une femme. Autour d'eux et de leurs six enfants, une foule de personnages mémorables, dont la jeune Bianca qui, après avoir quitté son existence sicilienne refait sa vie à New York. Ou Nicola, son amour secret, resté en Sicile. Leur rencontre ouvre le roman autour d'un drame.
À chaque page tournée, on est balloté, entraîné dans le fleuve d'une écriture parfaitement maîtrisée, où l'amour finit toujours par avoir raison de la haine. De Palerme à New York, une lutte à mort contre la pauvreté et le destin, guidée par l'audace d'une famille et l'ambition d'une femme. Le charme d'une saga, la puissance d'une épopée.

J'ai trouvé ce récit passionnant, tant pour son contexte historique riche que pour ses personnages profondément humains entre la Sicile et l'Amérique du XIXe siècle. J'ai adoré suivre les destins de cette famille et accompagner chacun de ses membres dans ses espoirs, ses projets et ses épreuves. Cette saga ample et foisonnante sera parfaite pour vous accompagner durant ces vacances. Bonne nouvelle : il y a une suite !



Marcia Davenport, Les frères Holt. Folio, 2026. 




Ce roman commence sur une énigme absolue : une maison aux fenêtres aveugles, dans un quartier dont l'élégance de jadis a fait place à la médiocrité. Cette maison cache un mystère, celui des deux frères Holt, dont l'un est trouvé mort dans un extravagant désordre d'objets empilés et inutilisés, tandis que l'autre a disparu.

À la fin du siècle dernier, le récit se déroule d'une ville de province américaine jusqu'à Vienne et son opéra, de la région des lacs italiens à New York. Nous voyons naître et grandir le drame qui détruira inéluctablement l'impitoyable Seymour et le doux Randali avec Renata Tosi, la cantatrice au coeur volage, dont la vie se trouvera également mêlée à celle des deux frères. Chaque aspect de cette affaire est passionnant et le lecteur demeure sous une sorte de charme jusqu'à la dernière page de ce beau roman.

Ce roman envoûtant, à la construction habile et d’une lecture un peu exigeante, vous fera vite oublier les heures tant l’histoire dramatique et terrifiante de deux frères, Seymour et Randall Holt, dont le destin est irrémédiablement lié à une sombre et inquiétante bâtisse familiale qui sera le théâtre de leurs névroses et des drames qui jalonnent leurs vies, vous tiendra en haleine. Cette grande, poignante et angoissante fresque romanesque, très bien écrite et au suspense implacable, mérite vraiment d’être redécouverte.


Kathryn Stockett, Le Calamity Club. Robert Laffont, 2026.



Après plus de 15 ans d'absence et 15 millions d'exemplaires vendus dans le monde, le grand retour de Kathryn Stockett, l’autrice de La Couleur des sentiments. Bienvenue dans Le Calamity Club, une histoire de résilience et d'amitié où la solidarité féminine n’a d’égale que la soif de justice et de liberté. Meg, onze ans, a appris à ne compter sur personne. Depuis que sa mère l’a abandonnée, elle fait partie des grandes filles « inadoptables » de l'orphelinat, où elle se bat chaque jour pour garder espoir malgré le mépris et la cruauté de la présidente.

Birdie, missionnée d’aller retrouver sa sœur récemment mariée à un riche banquier pour sauver sa famille ruinée, découvre un foyer parfait en apparence mais qui repose en réalité sur un tissu de mensonges. Charlie, internée de force dans un asile après avoir été jugée « faible d’esprit », est prête à tout pour récupérer sa fille perdue et retrouver sa dignité. Trois destins qui vont se rencontrer par la force du hasard autour de l’orphelinat du comté de Lafayette, puis converger avec celui d’un groupe de femmes intrépides qui élaborent un plan audacieux : le « Calamity Club ». Mais dans une ville où règne l’hypocrisie, le moindre acte de défi vous expose à tous les dangers… Quel sera le prix à payer pour leur désobéissance ?

Quinze ans après le triomphe du roman, puis de son adaptation cinématographique «La Couleur des sentiments », l'autrice américaine Kathryn Stockett nous offre ENFIN « Le Calamity Club ». Cette histoire de débrouille et de révolte joyeuse alterne les narrations de Birdie et de Meg. Vous allez d’ailleurs fort certainement tomber sous le charme de son intelligence, de son espièglerie et de sa résilience. Il n’y a pas de grand roman sans personnage inoubliable. L'équilibre entre gravité historique et légèreté est parfait et Kathryn Stockett excelle à faire naître le rire dans les pires situations : les dialogues sont savoureux et les scènes au Calamity Club, hilarantes tout en étant poignantes.

Une vraie réussite pour cette lecture terriblement addictive et jubilatoire !


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